Linda Johnson a été convaincue par la campagne de promotion de l’Etat de Vaud. «Les publicités m’ont incitée à participer, avant ça je ne connaissais pas le concept.» Elle a été formée par le canton «de manière très professionnelle» et son nom figure désormais sur une liste à la disposition du juge de paix. A 61 ans, un attrait prononcé pour l’assistance aux personnes âgées et des finances fragiles l’ont décidée à devenir curatrice. Elle envisage de prendre en charge cinq dossiers à terme, ce qui lui rapportera 9000 francs par an: «Ça met du beurre dans les épinards.»

Depuis le 1er janvier 2018, Vaud, qui était le dernier canton à perpétuer cette pratique en Suisse, ne désigne plus de curateurs contre leur gré. Pour susciter des vocations, la campagne «J’ai choisi» a ainsi été lancée en juin 2017. Son but: en appeler à la solidarité des citoyens pour les inciter à s’occuper d’une personne qui n’est plus en mesure de gérer ses affaires financières ou administratives. Le canton présentait les résultats de cette opération ce lundi lors d’une conférence de presse.

«Nous nous attendions à des abandons massifs»

La mission de curateur «ne bénéficiait pas d’une bonne image», a admis Béatrice Métraux, conseillère d’Etat vaudoise chargée du Département de l’intérieur. Toutefois, les résultats sont au rendez-vous: «Plus de 1000 personnes se sont portées volontaires; 218 d’entre elles sont déjà prêtes à l’emploi et 400 inscrits n’attendent plus que de suivre leur formation pour pouvoir commencer leur affectation.» Quelque 300 volontaires supplémentaires doivent encore confirmer leur intérêt. Le reste s’est désisté en chemin.

L’écrasante majorité des curateurs désignés ont de plus consenti à conserver leur mandat. «Une des hypothèses les moins probables», admet Pierre-Yves Maillard, conseiller d’Etat à la tête du Département de la santé et de l’action sociale. Le socialiste s’attendait à «des abandons massifs». Le nouveau système est toutefois bien plus attractif, puisque la rémunération des curateurs passe de 1400 à 1800 francs par personne assistée et par année et qu’il est désormais possible de choisir la tranche d’âge du pupille et le degré d’investissement souhaité. L’encadrement des curateurs a également été renforcé.

«Avec le temps, les choses se simplifient»

Léonore Contel-Graff fait partie de ce deuxième groupe. Désignée en 2009, à 30 ans, elle n’était «pas du tout contente»: «On m’a remis un énorme dossier dont la prise en charge s’est révélée extrêmement pénible. Plusieurs curateurs désignés se l’étaient repassé avant moi.» Factures non payées, mises en poursuite, le cas occupe les soirées de la Lausannoise et même ses pauses de midi. Elle continuera pourtant de l’assumer malgré le changement de loi: «Avec le temps, les choses se simplifient et la personne est plutôt facile. J’ai entendu parler de cas bien pires.»

«Escroc avec beaucoup d’imagination»

Certains citoyens ont en effet hérité de pupilles plus exigeants. Toxicomanes qui appellent au milieu de la nuit pour obtenir de l’argent, multirécidivistes criblés d’un demi-million de dettes, certains témoignages récoltés font état de situations administratives inextricables. Une interlocutrice nous a même concédé avoir facticement déménagé en Valais pour éviter un cas épineux.

Ancienne «volontaire», Françoise Gabet a accordé «jusqu’à 50 heures par semaine» à la gestion du dossier de sa pupille. Désignée volontaire, elle a dû composer pendant près de dix ans avec une «escroc avec beaucoup d’imagination», comme elle la décrit sans ambages. Sa pupille finira par demander de changer de curatrice, et, à l’approche du changement de loi, la curatrice ne recevra pas de nouveau cas du canton. Une expérience déplaisante, mais la Vaudoise reste philosophe: «Il faut aussi accepter que la solidarité n’est pas qu’un bon concept qui ne touche que les autres et consentir à mettre soi-même les mains dans le cambouis.»