Pour l'instant, le parlement a fixé à 30% au maximum la part des émissions pouvant être compensée par des certificats de CO2 acquis à l'étranger, tandis que 70% doivent l'être par des mesures de réduction mises en œuvre en Suisse. «Les taux adoptés par les Chambres fédérales freinent les investissements», a commenté Moritz Leuenberger devant la presse pour justifier un abaissement des prestations compensatoires en Suisse à 50%.

«Il revient en effet moins cher d'acheter des certificats à l'étranger que de prendre des mesures en Suisse», a relevé le ministre de l'Energie. Ainsi, avec des parts fixées à 30 et 70%, les sociétés helvétiques n'ont presque aucun intérêt à construire des centrales. Pire, beaucoup d'entre elles ont préféré se tourner vers l'étranger pour y bâtir des installations. Le problème? Elles ne sont dès lors pas soumises aux obligations de compensation des émissions de CO2. Cette pratique «est un non-sens du point de vue de la politique climatique», a critiqué le Zurichois.

Avec ces nouveaux taux, le gouvernement veut ainsi assurer l'approvisionnement en énergie et éviter un goulet d'étranglement, via la construction de telles installations que le Conseil fédéral souhaite provisoires.

Situation paradoxale

Il reste au ministre à convaincre le parlement. Les débats sur les centrales à gaz, qui émettent du CO2 en produisant de l'électricité, ont généré des situations pour le moins paradoxales sous la Coupole. La gauche défend les centrales à gaz pour remplacer la construction de nouvelles centrales nucléaires, moyennant une compensation maximale des émissions. La droite, et notamment les pro-nucléaires, eux, souhaitent que l'intégralité des gaz nocifs de ces centrales soit compensée en Suisse, pour rendre leur exploitation le moins rentable possible et éviter leur construction.

Mercredi, les réactions étaient partagées à gauche. Roger Nordman (PS/VD) s'est montré sceptique. «Cette mesure doit s'accompagner en parallèle d'un soutien aux nouvelles énergies», a-t-il relevé. Du côté des Verts, on ne décolère pas. Ueli Leuenberger, le président du parti, estime que «la Suisse doit justement montrer l'exemple en compensant ses émissions dans ses propres frontières. Nous possédons le savoir technique et nous disposons de moyens confortables pour réaliser ces compensations.» Selon les Verts, Moritz Leuenberger ne fait que capituler.

Pour Isabelle Chevalley, présidente d'Ecologie libérale, cette décision est bonne. Néanmoins, la Vaudoise parle de «distorsion de concurrence». Son parti réclame d'ailleurs que les conditions appliquées aux centrales à gaz soient identiques à celles des promoteurs du centime climatique, soit 80% de compensation du CO2 à l'étranger.