Le Parti libéral suisse va-t-il rester fidèle à la ligne d'ouverture qu'il suit depuis son congrès de Bâle de 1991, autrement dit depuis que l'on parle de l'Europe? Ou va-t-il, sous couvert de fidélité au Conseil fédéral, être tenté par une position de repli? C'est la question posée aux quelque 80 délégués qui, ce samedi à Neuchâtel, doivent prendre position sur l'initiative «Oui à l'Europe!».

«Aujourd'hui, après la décision des Vaudois, je suis plutôt optimiste», explique Nelly Sellenet, la secrétaire politique du PLS. Les récentes prises de position des libéraux genevois et vaudois ont rassuré la direction du parti, qui redoutait que l'affaire ne tourne mal. Mais, même positifs, les votes de ces deux partis cantonaux trahissent une division. Dans un cas comme dans l'autre, le mot d'ordre n'a été émis qu'à une voix de majorité.

Plaidoyers

Au congrès vaudois de Morges, les ténors favorables à l'initiative ont enchaîné les plaidoyers: le conseiller d'Etat Claude Ruey, le chef du groupe parlementaire, Dominique Kohli, le recteur de l'université, Jean-Marc Rapp, le prochain président du Grand Conseil, Pierre Rochat. Du côté des eurosceptiques, en revanche, le conseiller national Serge Beck brillait par son absence. L'ancien conseiller aux Etats Eric Rochat a exprimé ses doutes sous forme de questions. Quant à Suzette Sandoz, dont la modération a été remarquée, elle aurait voulu que le parti recommande un vote blanc. Selon elle, le plus grave défaut de l'initiative est qu'en la soutenant on se lie aux programmes des socialistes et des Verts pour le social et l'environnement. Finalement, seule une représentante de la base s'est exprimée frontalement contre l'initiative. Et pourtant, au moment du vote, l'assemblée s'est révélée coupée en deux. Si l'on additionne les non, les abstentions et les tenants du vote blanc, le petit oui en faveur de l'initiative ressemble même à un confortable rejet.

Chez les libéraux genevois, le débat avait pris une tournure différente, les deux camps s'étant affrontés franchement. Acquis à la cause européenne, les conseillers nationaux Barbara Polla et Jacques-Simon Eggly ont dû affronter notamment les représentants de l'économie, comme le secrétaire patronal Michel Barde et celui des banquiers, Michel Dérobert. Mais le résultat est similaire puisque, dans ce parti considéré comme le plus europhile, le oui a aussi été arraché.

L'euroscepticisme serait-il en train de gagner chez les libéraux une majorité, silencieuse voire honteuse dans le cas vaudois? Selon Claude Ruey, il n'en est rien. Le magistrat évalue à 25% la frange franchement antieuropéenne de son parti: «C'est l'aile conservatrice, les partisans du Sonderfall suisse, que l'on retrouve sur d'autres dossiers. Ce camp a pris beaucoup d'ampleur au moment de la mise au ban de l'Autriche par l'UE, mais nous sommes en train de remonter la pente.» Le conseiller d'Etat estime cependant que la question européenne ne déchire pas les libéraux, chacun montrant de la compréhension pour la position de l'autre. «J'ai perçu beaucoup plus d'animosité interne entre les partisans et les adversaires de notre nouvelle péréquation financière», relève-t-il.

Courant minimal

Pour Jacques-Simon Eggly, les irréductibles de l'Union européenne forment un courant minime dans le parti. Pour lui, la plupart des adversaires de l'initiative se veulent fidèles à la ligne du Conseil fédéral. Alors que ses partisans veulent surtout «imprimer un mouvement», sans forcément prendre au pied de la lettre une initiative malheureusement présentée au peuple sans contre-projet. Cela dit, le président du PLS admet que, lors des grandes déclarations de 1991 et de 1995, «on était dans l'abstrait». Depuis, l'évolution de l'Europe est devenue plus difficile à cerner, ce qui crée de l'incertitude dans l'opinion. Et l'affaire autrichienne a fait des ravages.

Les libéraux neuchâtelois ne se prononceront comme parti cantonal que le 7 février. Ce sont eux qui devraient apporter le soutien le plus résolu à l'initiative. Dans ce canton exportateur, les eurosceptiques ne forment pas une aile à l'intérieur du parti. Les Bâlois devraient être les plus réticents, parce que les plus confrontés à la pression de l'UDC.

Le conseiller d'Etat neuchâtelois Jean Guinand, qui votera résolument pour le oui samedi, espère bien que le poids des parlementaires fédéraux, favorables à l'exception de Serge Beck, sera déterminant lors du congrès. «L'initiative a des défauts, mais on ne peut pas la refuser, souligne-t-il. Nous avons un signe politique à donner.»