Derrière ses rangées de barrières métalliques, le Tribunal pénal fédéral (TPF) avait des allures de forteresse lundi à Bellinzone, à l’ouverture du procès de quatre terroristes islamistes présumés.

Les services de sécurité de la Confédération ont déployé des mesures de sécurité exceptionnelles dans la capitale du Tessin, clôturant l’ensemble du périmètre autour du bâtiment. Des dispositions destinées à «protéger les magistrats», indique la police cantonale tessinoise. Le procès, qui revêt un «caractère politique et religieux», est considéré «à haut risque» en raison de l’appartenance supposée des accusés à l’organisation Etat islamique, précisent les forces de l’ordre.

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Osamah, 30 ans, Wesam, 31 ans, Mohammed, 35 ans et Abdulrahman, 35 ans, sont accusés d’avoir tenté d’implanter une cellule de l’Etat islamique en Suisse. Ils doivent répondre de participation et soutien à une organisation criminelle, séjour illégal ou incitation à l’entrée, à la sortie et aux séjours illégaux et, pour l’un d’entre eux, représentation de la violence. Les prévenus nient avoir participé ou soutenu un groupe lié à l’Etat islamique.

Au quatrième accusé, Abdulrahman, il est aussi reproché d’avoir diffusé sur Facebook des images de cadavres et de violence. L’homme établi en Suisse depuis plusieurs années, a œuvré en tant qu’imam dans différentes mosquées. A la question: pourquoi a-t-il écrit sur le réseau social: «je suis un soldat de l’Etat islamique», il rétorque: «pour m’amuser».

Osamah, principal accusé, s’exprime dans un allemand bancal. Parti de Syrie après avoir perdu l’usage de ses jambes à cause d’une blessure de guerre, il se déplace en chaise roulante. Il est arrivé en Suisse en 2012, en passant par la Turquie et l’Italie, et vivait à Beringen, Schaffhouse, jusqu’à son arrestation en mars 2014. Interrogé sur sa relation à l’islam, il répond qu’il prie cinq fois par jour et qu’il «respecte la religion» mais qu’il n’est pas un homme «très religieux».

Questions sur une traduction

Il a beaucoup été question de mots et de traduction au cours des premiers interrogatoires. D’une expression, surtout: «travailler avec des pastèques». C’est ainsi qu’aurait été désigné du matériel explosif destiné à un attentat terroriste, au cours d’un chat entre Osamah et un homme présenté par le Ministère public comme son complice en Syrie, le chef présumé d’un groupuscule lié à l’Etat islamique, Abu Hajer.

Ces conversations, interceptées par les services de renseignements, constituent la pièce centrale de l’accusation. Plusieurs extraits de ces chats ont été produits hier devant la Cour. Dans l’un de ces échanges sur Skype, daté du 20 février 2014, il est question d’un «travailleur» que Abu Hajer souhaite mettre en contact avec Osamah:

Abu Hajer: «Je lui dirai que tu es le patron».

Osamah: «Tu sais, je ne me fie pas à quelqu’un que je ne connais pas».

Abu Hajer: «Je vais lui parler et lui donner ton adresse email».

Osamah: «Est-ce un simple travailleur ou a-t-il quelque chose d’autre?»

Abu Hajer: «Il a travaillé avec des pastèques».

Osamah: «Mais, mon cher frère, pour cuire du pain, j’ai besoin de beaucoup de choses, tu le sais».

Aux yeux de l’accusation, les deux hommes préparaient un attentat en langage codé. Ce que réfute l’accusé. «Le monde entier me regarde comme un terroriste, pour un mot mal traduit!», s’est-il exclamé. Devant les juges, il a expliqué hier qu’Abu Hajer n’est pas le criminel aux sombres desseins dépeint par l’accusation. «C’est un homme qui vient d’une grande famille irakienne. Son frère siège au parlement. Il a beaucoup de richesses et fait preuve d’une grande bonté».

Peu avant les élections en Irak, Abu Hajer et lui-même auraient préparé une action «dangereuse» sur laquelle ils devaient se concerter dans le plus grand secret. «J’ai attendu jusqu’au procès avant de vous parler de cela, voulez-vous que je vous explique, maintenant?» demande Osamah. Mais déjà, il est 18h00, le juge met un terme à l’audience. Les interrogatoires se poursuivront mardi.

En marge du procès, l’avocat d’Osamah, Remo Gilomen, conteste l’interprétation donnée aux échanges via Skype entre Osamah et Abu Hajer. «L’accusation se base sur des conversations en partie mal traduites. On se trompe sur les intentions de mon client. Il s’est exprimé contre le régime syrien de Bachar el-Assad et le gouvernement de Nouri al-Maliki en Irak, cela ne fait pas de lui un terroriste», dit-il. Son client, ajoute Remo Gilomen «regrette que l’opinion publique se soit déjà construite contre lui avant même le début du procès. Il souhaitait recommencer sa vie et s’intégrer en Suisse».