Ko debout. C'est l'impression que donnent les responsables politiques du canton après le verdict d'acquittement de Paul Grossrieder, le 4 juillet, et les conséquences des relations tendues entre la police et la justice sur la lutte contre le crime organisé (Le Temps des 16 et 17 août). Personne, au sein des instances politiques, ne songe vraiment à tirer les leçons de l'affaire, à proposer des réformes, à suggérer des changements de lois ou de personnes.

Agendas politiques inchangés

Un sentiment d'impuissance domine face à la manière de résoudre les problèmes institutionnels en respectant la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire. Souvent mêlé à la conviction que, finalement, d'autres cantons éprouvent autant, voire davantage, de difficulté à faire fonctionner correctement leur justice et à lutter contre le crime organisé.

L'affaire Grossrieder n'a en outre pas le moins du monde bousculé l'agenda des partis politiques, qui attendront encore deux à trois semaines avant de définir leur manière d'aborder le rapport d'experts Cornu-Piquerez, qui dénonce les dysfonctionnements de la justice, principalement avant l'introduction du nouveau Code de procédure pénale en décembre 1998.

Le débat du Grand Conseil sur le sujet aura lieu à partir du 19 septembre. Le gouvernement devra en outre répondre aux questions de deux députés singinois. Ces derniers, dans le cadre de leur stratégie de défense de l'ex-chef de la brigade des stupéfiants Paul Grossrieder, demandent des excuses publiques au conseiller d'Etat socialiste Claude Grandjean, chef du Département de justice et police. «Aux prochaines élections, il paiera cher son attitude dans cette affaire», affirme Rudolf Vonlanthen, qui accuse également le gouvernement de ne pas savoir gérer l'information en situation de crise. «Il n'y a aucun reproche à faire à Claude Grandjean. Il a hérité du vide laissé par l'absence de conduite du département par son prédécesseur, Raphaël Rimaz, rétorque Liliane Chappuis, présidente du Parti socialiste fribourgeois. Je regrette que le Conseil d'Etat ne s'engage pas davantage pour appuyer le chef de la Direction de la justice et de la police.»

Louis-Marc Perroud, député socialiste, ne voit pas non plus comment résoudre les problèmes. «Poser des questions au gouvernement pour se voir répondre qu'il s'agit d'affaires judiciaires inaccessibles à cause de la séparation des pouvoirs ne nous mènerait à rien. Cela ne sert d'ailleurs à rien de crier. C'est un problème de société. Aucun pays occidental ne peut, ou ne veut, lutter efficacement contre le crime organisé.»

Le Conseil d'Etat, réuni jeudi, a discuté de la réhabilitation ou du licenciement du chef de la brigade des stupéfiants, mais se refuse à toute déclaration pour l'instant, tout comme Claude Grandjean. «Les délibérations du Conseil d'Etat sont secrètes», rappelle le chancelier René Aebischer, qui se refuse à indiquer si la discussion a également porté sur le blocage de l'enquête «Mafia russe» ou les moyens de lutte contre le crime organisé.

La police cantonale indique pour sa part que la création d'une cellule «crime organisé» est toujours d'actualité, en se refusant à préciser l'état d'avancement de ces travaux, dont il est question depuis plus de deux ans. Peu avant le départ, en avril, de l'ancien chef de la police de sûreté, Peter Baeriswyl, le projet consistait à engager et à former quelques inspecteurs de la police de sûreté, qui auraient travaillé avec la brigade financière. Un analyste, déjà formé par la Confédération, devait être intégré au groupe. C'est à partir de la présomption de la multiplication de sociétés russes sur le territoire fribourgeois que ces décisions de principe avaient été prises. Or, les effectifs de la police de sûreté, qui dépendent d'une décision du gouvernement avalisée par le Grand Conseil via le budget, ont été réduits de 73 policiers en 1997 à 70 en 1999. A titre de comparaison, la gendarmerie compte 256 personnes.

Commission de justice renforcée?

La seule réforme envisagée pour l'instant consiste à renforcer le pouvoir de la commission de justice du Grand Conseil, dont les tâches se limitent principalement à la rédaction d'un rapport annuel, «sans possibilité d'obtenir des informations ou d'accéder à des dossiers», précise son président, Charles-Antoine Hartmann.