La loi sur le travail et ses ordonnances d’application, vieilles de 50 ans, sont obsolètes. Il est temps de les adapter à la modernité. Forte de ce constat, l’Union suisse des arts et métiers (USAM), dont 300 000 PME sont membres en Suisse, a présenté mardi à Berne son catalogue d’exigences.

Proposition phare: elle veut porter la durée maximale de la semaine de travail à 50 heures, 54 heures à certaines conditions. Aujourd’hui, les travailleurs actifs dans l’industrie ainsi que le personnel technique, de bureau et de vente sont soumis à un pensum hebdomadaire de 45 heures, selon la loi sur le travail suisse, respectivement 49 heures dans des situations exceptionnelles.

Travail 7 jours sur 7

La faîtière des PME veut aussi flexibiliser les périodes de repos, qui devraient pouvoir être réduites selon elle à huit heures consécutives deux fois par semaine, contre une fois aujourd’hui. Par exemple, un employé devrait être autorisé, deux fois par semaine, à travailler jusqu’à 23 heures pour reprendre à 7 heures le lendemain matin.

L’USAM revendique encore un assouplissement dans l’octroi des jours de congé: aujourd’hui, un jour de repos doit être accordé tous les six jours de travail. Elle estime que «bien des travailleurs préféreraient pouvoir prendre quatre jours de repos par quinzaine, par exemple».

«Nous ne voulons pas travailler plus, mais différemment», assure Sylvia Flückiger-Bäni, membre du comité directeur de l’USAM et conseillère nationale (UDC/AG), l’idée étant de parvenir à un équilibre sur l’année du temps travaillé, se défend la faîtière.

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Pour les clients… et les employés

Pourquoi demander ces changements? L’USAM estime qu’il s’agit de s’adapter tant aux exigences des clients des entreprises qu’à celles des employés dans un contexte de numérisation croissante et de mobilité du travail. «La loi se trouve totalement en porte-à-faux avec la réalité du monde moderne du travail», affirme le directeur de l’USAM et conseiller national (PLR/ZH), Hans-Ulrich Bigler. Et de citer les entreprises informatiques qui doivent répondre aux problèmes lorsqu’ils se posent – que ce soit le jour ou la nuit – ou encore les industries créatives, dont les collaborateurs ne peuvent être actifs selon un calendrier défini.

«Les salariés profitent aussi de la flexibilité du marché du travail», renchérit Jean-François Rime, président de l’USAM et conseiller national (UDC/FR). Les modèles de travail à domicile offrent de nouvelles possibilités, notamment pour les jeunes parents qui cherchent à mieux concilier vie familiale et vie professionnelle, assure l’USAM.

Enfin, «le peuple veut le maintien et le renforcement d’un marché du travail libéral», affirme le Fribourgeois. Il en veut pour preuve le refus, ces dernières années, des initiatives venant de gauche «pour un salaire minimum», «pour six semaines de vacances», etc.

«Mentalité en retard d’une guerre»

Sans surprise, les syndicats ont fortement réagi mardi. Outrés, ils promettent de combattre avec la dernière énergie ces propositions de dérégulation. «La Suisse a déjà la durée du travail la plus longue d’Europe et est loin d’être un modèle sur la question des maladies causées par le travail», affirme Luca Cirigliano, secrétaire central de l’Union syndicale suisse.

Quant à l’opportunité d’une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie privée, le syndicaliste n’y croit pas une seconde. «Les obligations familiales et de soins sont carrément occultées.» Unia parle d’une «gifle» pour les travailleurs tout en reconnaissant le besoin de modernisation de l’actuelle loi sur le travail.

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Pour la conseillère nationale Ada Marra, (PS/VD), membre de la Commission de l’économie et des redevances, «ce n’est pas la loi sur le travail, mais la mentalité de l’USAM qui est en retard d’une guerre!» La socialiste s’explique: «Les priorités doivent aller aujourd’hui à l’accompagnement de la robotisation et de la numérisation qui laissent sur le carreau toute une série de travailleurs. Nous avons, dans ce contexte, défini une série de mesures visant notamment à renforcer la formation continue et à lutter contre le phénomène des working poor. Que propose l’USAM de moderne? Rien, elle veut juste moins de protection pour les employés.»

Des chances au parlement

Même si elle fâche les syndicats, l’USAM compte sur le dialogue social pour faire avancer ses revendications. La Société suisse des entrepreneurs (SSE), qui entrera en négociations en 2018 avec ses partenaires sociaux pour renouveler la convention nationale de la construction, prône une annualisation du temps de travail.

Sur le plan politique, deux initiatives parlementaires des conseillers aux Etats Karin Keller-Sutter (PLR/SG) et Konrad Graber (PDC/LU) reprenant pour partie les revendications de la faîtière ont déjà reçu l’aval des commissions compétentes. La gauche fera appel si besoin au référendum pour mettre à terre les idées du patronat.