L'allumeur de vésuves du 1er août est aux artificiers professionnels ce qu'est le quidam trottinant sur les pistes Vita à un sprinter finaliste du 100 mètres des Jeux olympiques: un sympathique amateur. Ceux qui en douteraient encore feraient bien de s'intéresser au travail accompli par les artificiers préparant les grands feux qui illumineront la rade genevoise samedi soir. Tout y est calculé, pensé et sécurisé. Et cette année, comme en 1997, les difficultés sont encore augmentées du fait que ces professionnels doivent en fait préparer quatre feux différents: les trois élaborés par les entreprises française, australienne et japonaise qui participent au concours d'ouverture, et celui confectionné par l'artificier attitré des Fêtes, l'Italien Giovanni Panzera.

Le concours international Franck Muller s'étale sur trois ans et aura vu à son terme, l'année prochaine, neuf nations s'affronter en joutes amicales. Son but est de sélectionner les trois sociétés (un gagnant par année) à qui seront confiées une partie des superfeux qui seront tirés en 2000. En 1997, c'est l'Italie, représentée par la maison Soldi, qui avait été élue par un jury d'une dizaine de membres. Elle devançait deux autres grandes nations créatrices de feux: l'Espagne et la Chine.

Limité à une prestation de six minutes, le concours n'autorise que l'utilisation de bombes, ce qui réduit le choix des participants. Pierre Walder, le chorégraphe depuis des années des ballets pyrotechniques genevois, avoue du reste qu'il n'est pas encore sûr de dénicher trois entreprises du niveau de 1997 et 1998 pour l'année prochaine: «Notre objectif en lançant le concours était de ne recevoir que les sociétés qui fabriquent leurs produits. Or, il n'y a plus que trois pays qui produisent des bombes en grandes quantités. Ce sont la Chine, l'Italie et l'Espagne. Les Japonais le font aussi, mais leurs produits sont très chers. La réduction des sources d'approvisionnement fait que les feux d'artifice se ressemblent trop souvent.» Pierre Walder se demande s'il ne faudrait pas accepter le tir de fusées pour l'édition 1999, interdite pour des raisons de sécurité (les coups de vent les dévient facilement): «Cela nous permettrait de recevoir le Portugal qui fait des choses formidables avec elles», lance-t-il sous le regard inquiet de Claude Ischer, responsable de la sécurité.

Malgré ce petit bémol, Pierre Walder est certain de la qualité du spectacle qui sera offert samedi soir par les participants. Ce sont en effet trois grandes maisons habituées des grands rendez-vous pyrotechniques internationaux comme Montréal, qui reste une référence en la matière. Chacune a ses spécificités et ses atouts qu'elles devront faire valoir en utilisant les musiques imposées et choisies par le Genevois, mais toujours tirées du répertoire de chaque pays.

L'Australie scintillante

Sam Foti, de la maison Foti's international Fireworks, a travaillé quatre semaines à l'élaboration du spectacle de six minutes qu'il présentera. «Nous apportons des coquillages qui s'ouvrent en forme de parapluie. Ils nous permettent de présenter des compositions esthétiques. Nous avons opté pour des couleurs scintillantes argentées et dorées, agrémentées d'effets de flash.»

La France en pastel

Côté français, la firme Etienne Lacroix annonce plusieurs nouveautés. Les amateurs éclairés attendent avec impatience de pouvoir juger ses bombes aux couleurs pastel. La confection des couleurs est une des plus grandes difficultés de la technique pyrotechnique, les spécialistes préférant la plupart du temps trouver des teintes vives. Pascal Aujard, porte-parole de l'entreprise, ajoute que la France ponctuera son show par une salve de bombes or et argent et une ultime pesant pas moins de 13 kilos.

Le Japon comme une fleur

Enfin, Marutamaya représentera le Japon et sa longue tradition. Premier pays à avoir confectionné des bombes s'ouvrant dans le ciel comme des chrysanthèmes, le Japon reste champion en la matière. Ces engins s'élèvent dans le ciel jusqu'à plusieurs centaines de mètres sans qu'on puisse en déceler la trace. Ils explosent ensuite, s'épanouissant en des milliers de branches changeant jusqu'à trois fois de couleurs. «Là-bas, précise Pierre Walder, on tire une bombe, puis on en parle et on philosophe avant de lancer la suivante. Mais, à Genève, le rythme sera plus occidental.»