Regarder la conservatrice galicienne droit dans les yeux est un exercice difficile. Avec ses yeux verts, elle réussit à captiver en décrivant les liens entre l’art et la science. Un rapprochement qu’elle effectue au sein d’Arts at CERN. Monica Bello voulait une nouvelle expérience après avoir travaillé longtemps en Espagne. Elle a saisi cette opportunité après avoir dirigé durant cinq ans Vida, l’un des plus importants concours internationaux dans le domaine des arts numériques et des nouveaux médias, fondé par la Fundacion Telefonica Madrid. «J’étais à la tête de ce projet depuis 2010 et j’avais vraiment envie de changer! J’ai postulé et, à ma grande surprise, j’ai été prise», dit-elle dans un anglais à l’accent très espagnol.

Raconter l’ineffable

Dans le cadre de ce projet du centre de recherche nucléaire, Monica Bello souhaite faire corréler les arts et la science, puis matérialiser ces interactions. Au cours de résidence, les artistes sont soutenus et encouragés à entreprendre des recherches à travers de multiples perspectives pour former une vision d’un environnement difficilement concevable par les mots. La volonté est de donner naissance à des œuvres d’art d’une qualité nouvelle. Dans une autre mesure, le processus en lui-même doit aider les employés du CERN dans leur travail quotidien. «Le CERN laisse une large place à la créativité et à la collaboration. Tout le monde est à la recherche de pistes inexpérimentées, de nouvelles idées tout en étant axé sur la science et l’espoir d’apporter des choses qui n’existaient pas avant. Cette perspective est vraiment fascinante pour travailler en tant que curatrice», décrit-elle.

Son prochain projet sera un échange artistique avec Pro Helvetia et un observatoire au Chili. «Un artiste suisse (Alan Bogana) ira là-bas et un artiste chilien viendra au CERN.» Après cela, la curatrice espagnole souhaiterait faire revenir le plasticien argentin Tomas Saraceno et inviter la plasticienne argentine Rosa Barba. Elle est une admiratrice d’Ariel Guzik, un musicien mexicain qui lui a permis de «comprendre que les particules restaient encore un monde difficile d’accès». Il est venu au centre nucléaire quelques mois après son arrivée.

Apprendre tous les jours

Récemment, la marque horlogère Audemars Piguet l’a invitée à faire partie d’une commission artistique. «C’est l’un de mes meilleurs souvenirs à la tête d’Arts at CERN. J’ai pu en apprendre plus sur la manière dont les ingénieurs fabriquaient une montre dans les moindres détails», se remémore-t-elle. Cette volonté d’apprendre tous les jours, Mónica Bello «pense que c’est la meilleure qualité pour devenir curateur et critique». Ce métier, elle l’a choisi car «elle voulait comprendre la manière dont les artistes concevaient les idées».

Tout ce qui se rapporte à la connaissance et à la compréhension du monde est un moyen de rapprocher l’art et la science. 

La Galicienne a entrepris une licence en histoire de l’art, de la critique et de la conservation du patrimoine à l’Université de Saint-Jacques-de-Compostelle puis un master dans le même domaine au MECAD (Media Centre of Art and Design) de Barcelone. Elle s’est forgé ensuite une forte expérience en tant que curatrice autour du monde: au Mexique, en Corée et en Croatie. D’après elle, les points communs entre l’art et la science sont «la créativité, la maîtrise technique et l’obsession. Je pense que de manière générale tout ce qui se rapporte à la connaissance et à la compréhension du monde est un moyen de rapprocher l’art et la science.» Même si les contextes et les stratégies ne sont pas les mêmes, la curatrice assure que des mouvements sur les rapprochements entre l’art et la science se développent dans le monde. Il touche même l’Espagne, où elle continue de vivre une partie de la semaine.

Un lien particulier avec Barcelone

Monica Bello est l’un des mentors de BCN Produccio, un programme qui s’adresse aux artistes émergents de la cité catalane et qui vise à promouvoir l’art contemporain. Elle avait créé Capsula, une organisation curatoriale qui cherche les relations entre l’art, la science et la nature à Barcelone et a dirigé Res-Qualia, une plateforme web qui recense les initiatives de rapprochement d’arts et de science. Monica Bello aimerait aujourd’hui mettre en place un projet collaboratif entre le CERN et le centre de recherche de Barcelone. «Mon objectif ultime serait de créer des passerelles entre les gens ici, les divers artistes et les scientifiques présents à Barcelone. De nombreux ingénieurs du CERN travaillent aussi là-bas.»

D’ici à quelques semaines, elle lancera Quantica: à la recherche de l’invisible au CCCB (Centre de Cultura Contemporania de Barcelona), une sorte de synthèse de son activité à Arts at Cern. «Cela ne sera pas uniquement artistique, il y aura une grande place pour les scientifiques.» Très concrètement, l’exposition invitera le public à naviguer au cœur des différentes œuvres communes de scientifiques et d’artistes afin de comprendre la physique fondamentale et la physique quantique. En dehors de sa vie professionnelle, Monica Bello aime nager et profiter de ses enfants. «Je fais aussi le ménage, quand j’ai le temps.»


Profil

1973 Naissance le 24 novembre à Saint-Jacques-de-Compostelle.

2004 Obtient l’Ineditos Emergent Curator Award 2004 pour le projet «Esto es vida».

2010-2015 Dirige Vida, un concours international d’art et de vie artificielle fondé par la Fundacion Telefonica Madrid.

2015 Prend la tête d’Arts at CERN.

Avril 2019 Ouverture de «Quantica» à Barcelone.


Nos portraits: pendant quelques mois, les portraits du «Temps» sont consacrés aux personnalités qui seront distinguées lors de l’édition 2019 du Forum des 100. Rendez-vous le 9 mai 2019.