La personne clé, c’est elle. Monica Bhatia va piloter, jusqu’en juin prochain, le processus d' «évaluation par les pairs «de la Suisse en matière d’échange d’informations fiscales. Comme secrétaire générale du Forum global sur la transparence de l’OCDE, elle va s’assurer du bon déroulement de l’examen. De son impartialité. De la justesse des faits. Une tâche pour laquelle elle est, de l’avis de tous, parfaitement qualifiée.

Mais cette juriste incarne aussi la mentalité qui imprègne le travail de l’OCDE en matière fiscale. Elle est aux antipodes de celle des banquiers, avocats et fiduciaires qui forment le coeur de la place financière suisse.

Ce choc des cultures a fait des étincelles à Bâle, début septembre, lors du congrès de l’Association fiscale internationale, l’IFA. Pendant une conférence sur les droits des contribuables, le parterre de fiscalistes présents a applaudi quand l’un des orateurs a attaqué l’OCDE sur l’utilisation de données bancaires volées. La Suisse refuse de coopérer sur la base de telles informations, tandis que l’organisation parisienne défend cette pratique. Monica Bhatia a dû affronter une bronca: «La question des données volées ne doit pas permettre à un contribuable d’échapper aux enquêtes", a-t-elle lancé en substance, face à une assistance plus que sceptique.

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Un million de candidats chaque année

La juriste indienne, qui a travaillé 20 ans pour l’administration des impôts de son pays, a pourtant des affinités avec la Suisse. Elle a grandi à Chandigarh, la cité utopique bâtie au nord de l’Inde par l’architecte suisse Le Corbusier. Fille d’un haut fonctionnaire, elle a prolongé l’héritage de son père en passant le très sélectif examen de l’administration d’élite indienne. Un million de candidats s’y présentent chaque année, dont seuls 800 ou 900 sont sélectionnés. Monica Bhatia dit avoir pris un an pour préparer l’examen – et être passée du premier coup.

Être dans le service public, c’est simplement mon karma

C’était en 1990. Aujourd’hui, Monica Bhatia continue de revendiquer un certain idéalisme. Le même qui la poussait, en tant que jeune fonctionnaire, à vouloir changer le «système «de copinage et d’immobilisme qui encombre l’administration indienne. «Je n’aurais pas pu travailler pour le secteur privé, explique-t-elle. J’ai trouvé beaucoup plus gratifiant de travailler pour le secteur public. Ce serait contre mes valeurs de faire de l’optimisation fiscale comme avocate, par exemple. Être dans le service public, c’est simplement mon karma, et je crois au karma."

Les Suisses sont prévenus. Si leurs performances dans l’entraide fiscale sont jugées insuffisantes, il ne faudra pas compter sur Monica Bhatia pour leur arranger le coup. «Elle a bien pris ses distances avec les positions de son pays, l’Inde, assure des personnes qui la connaissent. Elle est parfaitement objective et n’a rien contre la Suisse. Mais elle a gardé un petit côté bureaucratique, formaliste, qui est très indien."