Suisse

Monika Maire-Hefti: «Le français n’est pas une branche annexe!»

Après le vote du parlement thurgovien sur le français à l’école, la conseillère d’État neuchâteloise Monika Maire-Hefti, qui préside la conférence latine des directeurs de l’instruction publique, en appelle «au bon sens du peuple» dans les cantons alémaniques

La conseillère d’État neuchâteloise Monika Maire-Hefti (PS), qui préside la conférence des directeurs de l’instruction publique de la Suisse romande et du Tessin (CIIP) réagit au vote du parlement thurgovien sur le français à l’école.

A ce sujet: Menaces sur le français à l’école primaire

Le Temps: Comment prenez-vous la décision du Grand Conseil thurgovien sur le report de l’enseignement du français au niveau secondaire?

Monika Maire-Hefti: Je regrette cette décision, qui portera à conséquence si le Grand Conseil la confirme lors de la deuxième lecture du 17 mai prochain. Mais je constate aussi que le résultat de la votation est relativement serré (68 voix contre 53). Cela montre qu’il y a un véritable débat. Du coup, j’ai aussi l’espoir qu’un référendum ait lieu et que les citoyens désavouent le parlement.

- Voyez-vous de la provocation dans la décision des députés thurgoviens?

- Quand je vois de quelle couleur politique sont les initiants du projet thurgovien (majoritairement de l’UDC, ndlr), je suis très inquiète. Les mêmes qui prônent le patriotisme suisse remettent en question le multilinguisme, qui fait justement partie des fondements de la Suisse.

- N’avez-vous pas de compréhension pour les arguments des initiants, dont font également partie des enseignants?

- A l’école, des branches bénéficient d’un lobbyisme plus fort que d’autres. Mais il n’est pas admissible que le français soit simplement considéré comme une «branche annexe.» Du reste, si l’on repousse le français au secondaire, il faudra réduire le nombre d’heures dans une autre branche. Cela aura aussi un coût. Bien évidemment, il faut également écouter et accompagner les enseignants au mieux. Des institutions, telle que l’agence nationale suisse Movetia, peuvent être des relais importants pour les enseignants, notamment en favorisant les échanges.

- La CIIP, dont vous êtes la présidente, va-t-elle réagir?

- Nous avons mis la problématique à l’ordre du jour de notre prochaine séance du 8 mai. Notre stratégie ne devrait pas changer. Nous sommes toujours pour l’harmonisation avec deux langues étrangères au niveau primaire. Toute la Suisse romande a d’ailleurs confirmé cette stratégie.

- La Confédération et le ministre de l’Intérieur, Alain Berset, doivent-ils intervenir?

- Je pense qu’il faudrait attendre le second débat au Grand Conseil de Thurgovie et l’éventuel lancement d’un référendum. A mon avis nous devrions également attendre le résultat de la votation zurichoise du 21 mai avant de nous déterminer.

- Craignez-vous un effet d’entraînement du vote thurgovien sur les décisions attendues dans les autres cantons, notamment Zurich et Lucerne?

- En 2015, le peuple de Nidwald a clairement refusé (à 61,7%, ndlr) une initiative similaire de l’UDC. Donc je compte sur le bon sens du peuple et son attachement aux valeurs suisses, que sont justement le multilinguisme et la diversité. Je crains moins le peuple que la politique politicienne.

- Mais comment réagir si un ou plusieurs cantons décident de repousser définitivement le français à l’école secondaire?

- Il est clair qu’il faut respecter la souveraineté des cantons. Mais dans ce cas, la conférence plénière des directeurs de l’instruction publique devra chercher une stratégie commune. Il y a de vrais enjeux nationaux en cause.

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