Neuchâtel

Monika Maire-Hefti primée pour l’allemand, huée pour les salaires

La ministre de l’éducation reçoit le prix du fédéralisme pour l’enseignement de l’allemand par immersion dans les premiers degrés de l’école neuchâteloise. Mais elle est aussi chahutée par les enseignants en grève qui refusent la nouvelle grille salariale. Portrait d’une politicienne contrainte aux grands écarts

Les temps sont durs pour les cheffes de l’instruction publique des cantons romands, en particulier pour la ministre neuchâteloise Monika Maire-Hefti. Elue en 2013, l’ancienne infirmière de 53 ans pourrait savourer le prestigieux prix du fédéralisme 2016, qui lui est remis ce jeudi, pour l’enseignement précoce de l’allemand par immersion dans les petites classes neuchâteloises. La reconnaissance sera toutefois amère, car la socialiste est en conflit avec les enseignants du canton, un quart ayant même fait grève mardi et mercredi, avec préavis de poursuite de la grève le 24 novembre, des enseignants qui rejettent la nouvelle grille salariale arrêtée par le Conseil d’Etat.

Après Arnold Koller et Emil

Après l’ancien conseiller fédéral Arnold Koller en 2014 et l’humoriste Emil Steinberger en 2015, le canton de Neuchâtel et sa ministre de l’éducation, Monika Maire-Hefti, ont droit aux honneurs de la Fondation ch pour la collaboration confédérale. Pour le programme PRIMA – mot qui signifie précoce en latin et excellent en allemand.

Après quelques essais dans les années 1990, avec des échanges d’enseignants et d’élèves, le canton de Neuchâtel a lancé en 2011, sous l’égide de Philippe Gnaegi, un programme «ambitieux et unique en son genre en Suisse», constate la Fondation ch, d’apprentissage de l’allemand à l’école, par immersion. Ainsi, aux premiers degrés de l’école, la moitié du temps d’enseignement l’est en allemand, puis 15 à 30% pour les degrés de l’école primaire.

Participation de quatre communes

L’offre avait été faite à toutes les communes, quatre se sont lancées: Neuchâtel, La Chaux-de-Fonds, Val-de-Ruz et Cornaux. PRIMA concerne entre 500 et 600 élèves et 40 enseignants. A Cornaux, tous les enfants de l’école primaire profitent du programme. «L’allemand n’est pas seulement une matière, c’est une langue d’enseignement et de communication», salue la Fondation ch.

Neuchâtel souhaite élargir le programme, ce d’autant qu’il ne coûte rien de plus ou si peu, puisqu’il s’appuie sur des échanges d’enseignants. Neuchâtel aimerait trouver un canton alémanique partenaire (peut-être Soleure) pour donner de l’ampleur à son action. Le projet dépend principalement de l’engagement d’enseignants aptes à s’exprimer dans l’autre langue. Les parents sont enthousiastes, il y a davantage de demande que d’offre.

Rayonnement en Suisse alémanique

Monika Maire-Hefti récolte ainsi les fruits d’un programme qu’il a repris et qu’elle fait rayonner. Notamment en Suisse alémanique. Elle a eu droit à une pleine page dans la «NZZ am Sonntag». Le fait qu’elle soit zurichoise d’origine, venue s’installer à Neuchâtel dans sa jeunesse et donc parfaitement bilingue, donne du relief au programme d’enseignement par immersion.

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L’épouse du conseiller national Jacques-André Maire risque de savourer brièvement de la notoriété nationale, empêtrée dans un conflit avec les enseignants de son canton. A cinq mois d’élections cantonales lors desquelles, à l’instar des quatre autres ministres, elle est candidate à un deuxième mandat, Monika Maire-Hefti est vilipendée sur la voie publique: «Monika, tu nous Trump», lisait-on sur le pare-brise d’une voiture à La Chaux-de-Fonds mercredi.

La nouvelle grille salariale contestée

Les syndicats exigent qu’elle et le gouvernement retirent une nouvelle grille salariale qui augmente le salaire des enseignants en début de carrière, mais réduit sa progression. Elle se défend de faire baisser les salaires, dit avoir calqué la grille neuchâteloise sur le modèle vaudois et vouloir améliorer les conditions de travail, reconnaissant la pénibilité du métier.

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Seule femme du gouvernement, droite dans ses bottes, ayant bien investi le costume de ministre, forte et d’humeur égale, décomplexée et peu obnubilée par le pouvoir et sa réélection, Monika Maire-Hefti est contrainte de faire souvent le grand écart. Elle y consent, avec le sourire, parfaitement loyale au collège gouvernemental.

Isolée face aux poids lourds

Elle aimerait donner des moyens à l’école mais elle doit composer avec des coupes budgétaires, auxquelles elle souscrit du reste. Si elle s’emploie à montrer qu’elle se plaît au Conseil d’Etat, elle pèse pourtant peu, notamment face à ses collègues socialistes poids lourds que sont Jean-Nat Karakash et Laurent Kurth. Elle s’entend certes avec Laurent Kurth, mais apparaît isolée. D’aucuns prétendent qu’elle est la «dernière» élue de gauche à l’exécutif.

Féministe, défenderesse de l’égalité, l’ancienne infirmière est ainsi la plus menacée des cinq conseillers d’Etat lors des élections d’avril 2017. Son étiquette socialiste lui pose un double problème: elle sera peu soutenue à droite et, comme socialiste au pouvoir, elle est attaquée frontalement par le POP et certains Verts. D’ailleurs, la lutte enseignante s’inscrit aussi dans un rapport de force entre un Conseil d’Etat à majorité socialiste qui prône la rigueur et l’extrême gauche qui entend récupérer les électeurs déçus par la gauche aux affaires.

Entière, dépourvue d’ego surfait, peut-être insuffisamment stratégique, Monika Maire-Hefti est confrontée à de délicats vents contraires.

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