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Affiche de campagne dans le cadre de la votation sur l’initiative «Monnaie pleine».
© LAURENT GILLIERON / Keystone

Argent et banques

«Monnaie pleine» repart les mains vides

L’initiative «Monnaie pleine» ne convainc qu’un Suisse sur quatre. L’électorat n’a pas voulu jouer les apprentis sorciers. Le comité d’initiative ose malgré tout parler d’un «immense succès»

On dit souvent que le citoyen suisse peut voter sur tout, les cornes des vaches, les jeux d’argent, la vitesse sur les autoroutes, les résidences secondaires, les heures d’ouverture des magasins. C’est vrai. Et c’est unique au monde. Mais l’absconse initiative «Monnaie pleine», rejetée dimanche par trois votants sur quatre montre peut-être les limites de l’exercice. Elle apporte la preuve qu’un sujet trop complexe n’est pas en mesure de déclencher un véritable débat populaire. Et c’est encore plus difficile si l’on ne dispose pas d’un soutien politique minimal.

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Avec 75,7% de non au niveau national, l’échec est très net dans tous les cantons sauf Genève (59,7%). Il est légèrement inférieur à celui du revenu de base inconditionnel (76,9% de non) en 2016, et cela malgré le fait que le sujet était plus difficile à faire comprendre que l’octroi d’une manne régulière à tous les citoyens du pays. Cela met un peu de baume au cœur des initiants, qui, d’ailleurs, ne se montraient pas trop déconfits dimanche, ravis d’être au moins parvenus à rendre la population attentive au fait que les banques commerciales émettaient elles aussi de l’argent, et pas uniquement la BNS. Toujours optimistes, ils voient même dans le résultat un «immense succès» et se disent convaincus qu’il aurait été différent sans la «campagne de peur des lobbys bancaires».

Des initiants trop inexpérimentés

Que restera-t-il de ce texte? Probablement rien. Certes, l’Union syndicale suisse (USS) demande un cadre réglementaire plus strict pour les banques. Mais il est peu vraisemblable qu’on aille au-delà des exigences formulées sous la pression des instances économiques internationales (programme «too big to fail», fonds propres, garantie des dépôts). Et la BNS n’aura pas le monopole de la création de monnaie. La totalité des partis refusent de tenter une «expérimentation monétaire risquée». «Les Suisses n’aiment pas prendre de grands risques et notre système bancaire est l’un des plus sûrs», commente le conseiller fédéral Ueli Maurer.

Les auteurs de l’initiative avaient caressé l’espoir de susciter le même débat public que le RBI. C’est raté. Inexpérimentés, ils ne sont pas parvenus à faire comprendre leur texte. Ils n’ont cessé d’accuser leurs adversaires de diffuser de fausses informations alors qu’il s’agissait souvent de divergences de vues sur les conséquences de l’initiative. Ils ont également déposé un recours judiciaire contre la brochure de présentation du Conseil fédéral. Ils apprennent que l’on ne gagne pas une votation avec ce genre d’arguments.

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Difficultés de vulgarisation

Ils n’ont pas eu tort sur toute la ligne. Ainsi ont-ils obtenu de la RTS la publication d’un rectificatif portant sur le fonctionnement des prêts et des crédits. Cet incident illustre les difficultés que les médias ont rencontrées pour vulgariser les enjeux de ce texte auprès d’un public peu réceptif. Au final, le fait que la Suisse aurait fait cavalier seul si l’initiative avait été acceptée a pesé lourd dans le choix des 33,8% qui sont allés voter. De même que l’argument consistant à dire qu’elle aurait peut-être empêché le krach bancaire de 1929 mais pas celui de 2008.

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