Commentaire 

«Monnaie pleine», les Suisses refusent de jouer les apprentis sorciers

OPINION. L’initiative rejetée dimanche par trois votants sur quatre est sans doute la plus absconse de l’histoire. Trop complexe, elle n’a pas déclenché de véritable débat populaire

«Monnaie pleine» montre peut-être les limites de la démocratie directe. On dit souvent que le citoyen suisse peut voter sur tout, les cornes des vaches, les jeux d’argent, la vitesse sur les autoroutes, les résidences secondaires, les heures d’ouverture des magasins. C’est vrai. Et c’est unique au monde. Mais l’initiative rejetée dimanche par trois votants sur quatre est sans doute la plus absconse de l’histoire. Elle apporte la preuve qu’un sujet trop complexe n’est pas en mesure de déclencher un véritable débat populaire. Et c’est encore plus difficile si l’on ne dispose pas d’un soutien politique minimal.

Notre dossier: «Monnaie pleine», un débat singulier

L’échec est très net, mais il est tout de même moins cuisant que celui du revenu de base inconditionnel (76,9% de non) en 2016. Cela atténue l’ampleur de la défaite dans la mesure où le sujet était sensiblement plus difficile à faire comprendre que l’octroi d’une manne régulière à tous les citoyens du pays. Cela met un peu de baume au cœur des initiants, qui, d’ailleurs, ne se montraient pas trop déconfits dimanche, ravis d’être au moins parvenus à rendre la population attentive au fait que les banques commerciales émettaient elles aussi de l’argent, et pas uniquement la Banque nationale suisse (BNS).

Que restera-t-il de ce texte? Probablement rien. Certes, l’Union syndicale suisse (USS) demande un cadre réglementaire plus strict pour les banques. Mais on peut parier qu’on n’ira pas au-delà des exigences supplémentaires qui ont été formulées sous la pression des instances économiques internationales. Et la BNS n’aura pas le monopole de la création de monnaie. La page est tournée.

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