Depuis le 1er janvier 2008, la Ville de Lausanne vend l'eau plus cher à ses contribuables et à 16 communes voisines. Monsieur Prix, consulté, s'en offusque. Fin janvier, il recommandait à Lausanne de renoncer à cette augmentation. Les anciens tarifs couvriraient déjà les besoins, produisant même des bénéfices. Bénéfices qu'Eauservice reverserait dans la caisse communale au lieu de les investir exclusivement dans l'entretien et le développement du réseau. Illégalement: Rudolf Strahm parle même d'«impôt caché». Tout comme celui qui serait perçu via des tarifs sur l'électricité acheminée par les Services industriels de la Ville, selon un reproche récurrent adressé à la Municipalité.

Malgré les recommandations, Lausanne maintient sa hausse des tarifs. Du coup, dans sa newsletter du 22 avril dernier, la Surveillance des prix dénonce les résistances lausannoises. La commune sera de cette manière obligée de s'expliquer. C'est la seule façon d'exercer une pression sur une autorité publique, note Rudolf Strahm. Aux partis et citoyens locaux ensuite d'empoigner la question, suggère Monsieur Prix. Car Berne, note-t-il avec ironie, «ne peut pas envoyer l'armée pour convaincre Lausanne».

Olivier Français, municipal radical responsable du dossier, conteste les critiques. Récurrentes, précise-t-il, et infondées. A la décharge de la Ville, il évoque la baisse, souhaitée et encouragée d'ailleurs, de la consommation. En trois ans, de 2004 à 2007, Lausannois et riverains ont fait l'économie de 2,4 millions de mètres cubes d'eau (de 28,5 à 25,9 millions).

Réseau au bout du rouleau

Le vieillissement des conduites réclame des investissements. Il faut entretenir 900 kilomètres de canalisations au rythme de 10 à 13 par an. Sans parler de la rénovation des usines de filtration de Saint-Sulpice, entre Lausanne et Morges, afin d'assurer de l'eau au robinet bactériologiquement irréprochable.

En somme, les engagements récents (20 millions de francs) et futurs (140 à 160 millions sur dix ans), justifient une hausse qui vise le long terme au nom de l'eau considérée très solennellement depuis octobre 2007 comme «un bien public». Finalement, la loi sur l'approvisionnement en électricité entrée en vigueur au début de l'année renchérit également la facture de la distribution.

La nouvelle tarification, «plus équitable, selon la Municipalité, fixe une finance pour l'installation et une autre pour le débit effectif». Elle améliore donc la situation, estime Olivier Français. Les communes clientes de Lausanne en ont d'ailleurs admis le principe sans difficultés, rappelle le magistrat. Tout autant que le Conseil communal (parlement), qui a accepté à une large majorité le projet municipal. Pour lui, il ne s'agit en aucun cas d'un «impôt déguisé». Les recettes servent bel et bien à alimenter les besoins en entretien d'un «réseau vétuste», jure Olivier Français. Les quelques fuites ou cassures impromptues de canalisations en font à chaque fois la malheureuse démonstration.

Malgré ses explications, Rudolf Strahm considère pourtant que le prix de l'eau à Lausanne est trop élevé par rapport à la moyenne suisse (après la hausse, 1,95 franc le mètre cube). De plus, comptes et bilans montrent que les bénéfices renflouent la caisse de la commune sans base légale, insiste Monsieur Prix. Il tranche: «Si Lausanne veut un impôt sur l'eau, elle doit légiférer.»

Blocus réciproque

Bref, la Municipalité et Rudolf Strahm campent sur leurs positions. Et il y a peu de chances que Monsieur Prix trouve le relais local espéré. Les partis appuient la politique de la Municipalité. Même si, ici ou là, mollement, on critique l'absence d'une comptabilité analytique ou des taxes qui n'avouent pas leur nom, à droite notamment.

Pour compléter le tableau, la Ville mène un projet de solidarité internationale afin de promouvoir l'accès à l'eau dans les pays du tiers-monde sous l'égide la Direction du développement et de la coopération (DDC). Et pour ce faire, Municipalité et Conseil communal, à l'exception de l'UDC, sont d'accord de prélever 1 centime sur chaque mètre cube d'eau vendu. Premier bénéficiaire des fonds récoltés, Madagascar.