météo

En montagne, les températures grimpent, les pierres chutent

Les autorités françaises déconseillent vivement aux alpinistes de rallier le Mont-Blanc, où les chutes de pierres sont nombreuses depuis quelques jours. La fonte du permafrost conjuguée aux orages en est la cause

La canicule déploie ses effets jusqu’en haute montagne. D’importantes chutes de pierres sont observées dans les Alpes et notamment sur la voie normale d’ascension au sommet du Mont-Blanc, dite du Goûter. La préfecture de Haute-Savoie et la mairie de Saint-Gervais recommandent donc aux alpinistes de différer leur montée, qu’ils soient seuls ou accompagnés d’un guide.

«Le phénomène s’intensifie chaque jour, le danger est réel. La montagne réagit à la canicule comme un humain, il existe une sorte de souffrance et la sécheresse actuelle provoque ces chutes de pierres», insiste Jean-Marc Peillex, le maire de Saint-Gervais. Sensibilisés à cette situation, les compagnies de guides et les responsables de refuge se sont engagés à relayer ces recommandations auprès des alpinistes, car les pierres peuvent les assommer, voire les tuer.

Lire aussi: Le lien entre changements climatiques et canicule se précise

Des alpinistes font fi des recommandations

Les gendarmes qui patrouillent au pied du Mont-Blanc sont aussi chargés de diffuser ces consignes. Ce qui n’a pas empêché une quinzaine d’alpinistes et un guide chypriote de monter à l’assaut ce lundi matin du mythique sommet. Jean-Marc Peillex est dépité: «Si quelqu’un est blessé, il faudra envoyer les secours qui seront soumis aux mêmes risques que ces inconscients. Ces gens ont parfois parcouru jusqu’à 5000 km pour venir au Mont-Blanc, alors pas question pour eux de différer leur ascension.»

L’Office de haute montagne de Chamonix indique pourtant qu’il existe d’autres courses praticables de moyenne et haute montagne, mais ces conseils sont peu suivis. La voie du Goûter, jugée la plus prestigieuse, est plébiscitée par les alpinistes. Ils sont environ 250 à la pratiquer chaque jour. Jean-Marc Peillex se prend à rêver d’une interdiction d’ascension pure et simple à l’image d’une décision prise en 2015 par les autorités italiennes sur le Cervin. «Mais en France, ce n’est pas possible sur un domaine public, on devrait tout au moins généraliser les limites d’accès lors des saisons difficiles de mai à juillet», insiste-t-il.

Lire également: Quand la montagne s’effondre

Tout sauf une surprise

La situation actuelle n’est en effet pas une surprise. «Elle était même attendue», reconnaît Ludovic Ravanel. Si le guide de haute montagne et géomorphologue au CNRS peut être aussi catégorique, c’est en raison de l’évolution du permafrost. La glace qui se trouve dans ce sol, gelé en permanence, permet de souder roches et parois. «La multiplication des épisodes caniculaires a une incidence directe sur le permafrost, explique Ludovic Ravanel. La glace fond et ne joue plus son rôle de ciment, ce qui engendre chutes de pierres et autres éboulements.»

Les épisodes pluvieux intenses, nombreux dans les Alpes ces dernières semaines, aggravent la situation. L’eau qui s’infiltre dans la roche accélère en effet la fonte du permafrost. «La chaleur amenée par l’eau fait fondre la glace», résume Marcia Phillips, chercheuse spécialisée dans le permafrost à l’Institut pour l’étude de la neige et des avalanches SLF, à Davos. Mais ce n’est pas tout. La glace au fond des fissures dans la roche peut également jouer un rôle de bouchon, «comme dans une baignoire», image Marcia Phillips. L’eau qui s’infiltre ne peut donc pas s’évacuer. La pression augmente ainsi sur la roche, qui finit par céder. Le cocktail canicule-orage est donc néfaste pour la montagne. Et ce ne devrait être que le début cette année.

Lire aussi: «Le réchauffement climatique a précipité l’écroulement de Bondo»

Des éboulements dans les mois à venir

Si, à l’heure actuelle, de nombreux cailloux ou pierres se détachent, les plus gros événements sont plutôt rares. Un important éboulement de 20 à 30 000 mètres cubes est toutefois survenu à la fin juillet en Engadine. Ils devraient toutefois être plus fréquents dans les semaines ou les mois à venir, «lorsque la couche supérieure du permafrost sera complètement dégelée», précise Marcia Phillips.

Les violents orages qui s’abattent sur la Suisse ne sont pas, non plus, sans conséquence. En Valais, par exemple, le camping d’Arolla a dû être évacué dimanche soir, par mesure de précaution, à la suite d’un orage. Des coulées de boue bloquaient l’accès à l’établissement, sans que celui-ci soit directement touché. Il restera toutefois fermé quelques jours, le temps que les travaux de remise en état soient terminés.

Publicité