Arnaud Montebourg sera le nouveau ministre de l’Economie, du redressement productif et du numérique du gouvernement de Manuel Valls. Il devient ainsi l’un des deux hommes forts de Bercy, en héritant du poste occupé jusque-là par Pierre Moscovici, et cohabitera avec Michel Sapin, qui reprend les Finances et les comptes publics.

En Suisse, Arnaud Montebourg a marqué les esprits à plusieurs reprises en tenant des propos très virulents. Interrogé en 2007 par le site Betapolitique.fr sur la lutte contre l’évasion fiscale, il qualifiait par exemple la Suisse de «verrue dans le fonctionnement normal de la lutte contre l’argent sale». La même année dans Libération, il évoquait les «abus de voisins indélicats, comme la Confédération helvétique». Six ans plus tôt, il faisait de la Suisse un «prédateur de la finance mondiale».

Et, cerise sur le gâteau après le vote du 9 février, Arnaud Montebourg voyait dans le choix des Suisses le «démonstrateur du lepénisme en vrai», menaçant la Suisse de «représailles» après leur «suicide collectif».

Nombre de sujets brûlants sont actuellement sur la table des négociations franco-suisses. Le lancinant feuilleton de la convention sur les successions, le sort des contribuables établis au forfait, la régularisation des avoirs non déclarés, l’accès au marché des services financiers, l’imposition des frontaliers: le «dialogue structuré» que Pierre Moscovici et Eveline Widmer-Schlumpf ont instauré en 2013 comprend nombre de dossiers sensibles.

Une «dialectique guerrière»

C’est Michel Sapin qui devrait hériter du pilotage de ce dialogue. Les décrets d’application le confirmeront. Mais la montée en puissance d’Arnaud Montebourg à Bercy inquiète la classe politique suisse.

Pour le président du Parti démocrate-chrétien, Christophe Darbellay, la nomination de l’ex-député de Saône-et-Loire est «une mauvaise nouvelle pour la Suisse, même si on ne sait pas encore précisément comment Arnaud Montebourg et Michel Sapin se répartiront les dossiers». Egalement président de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national, Christophe Darbellay ne cache pas sa préoccupation quant aux conséquences que pourrait avoir ce changement de personne sur l’avenir du dialogue avec la France: «Ça ne pourra être que pire. Vous avez aimé Moscovici, vous allez adorer Montebourg! Cela risque de devenir très difficile, il a un discours très réactionnaire, une dialectique guerrière, il a tenu des propos insupportables sur la Suisse, je doute qu’il ait évolué depuis.» Et le Valaisan de se dire «étonné que Manuel Valls n’ait pas été plus pragmatique».

Membre de la même commission, le conseiller national Jean-François Rime (UDC/FR) préfère rester plus prudent, n’ayant «pas l’habitude de commenter les affaires internes des autres Etats». Il ne fait pourtant pas mystère de son opinion sur Arnaud Montebourg, pour qui il n’a «pas une sympathie débordante»: «Il n’a pas obtenu de résultats extraordinaires en s’occupant du redressement productif pendant deux ans. Sa nomination ne va certainement pas simplifier nos problèmes.»