Lausanne

Mont-Olivet: querelle judiciaire en vue

Après la vente de l'institut catholique Mont-Olivet à un fond d'investissement local, un ancien partenaire réclame ses honoraires. Il va saisir le tribunal d'une demande en payement

Nouveau rebondissement dans l’affaire de l’institut catholique Mont-Olivet à Lausanne. Après une vente dans des circonstances extravagantes, voici que se profile un volet judiciaire. La société Durable, partenaire à la vente de ce patrimoine immobilier, va saisir les tribunaux contre le fonds d’investissement Comunus SICAV, acquéreur de Mont-Olivet, a appris Le Temps. Aux fins d’obtenir le paiement de ses honoraires.

Historique des faits

Rappel des faits: début 2016, les sœurs de la Présentation de Marie vendent leur propriété à Comunus SICAV (dirigée par Yves Corthésy, Marc-Henri Beausire et Nicolas Vogel) pour 25,5 millions de francs, ignorant superbement une offre supérieure. Malaise à l’évêché de Lausanne, Genève et Fribourg, qui a vent de l’affaire par la bande. Or, il aurait dû être sollicité pour donner son préavis à Rome, une procédure qui a pour but d’éviter la dilapidation des biens de l’Eglise.

Un an plus tard, l’évêché n’a toujours pas obtenu la copie du contrat de vente. Pire: la chapelle du site est désormais occupée par la Fraternité Saint-Pie-X, les intégristes d’Ecône. Un détail qui semble avoir échappé à Comunus, qui répond ceci: «Nous prenons en compte la mémoire du site. En ce sens, nous avons cherché à louer et à donner vie à l’Eglise. Nous n’avons eu que peu de candidats. Le choix de notre gérance s’est porté sur cette association. Jusqu’à l’article du Temps, personne ne nous avait mentionné leur appartenance. Nous n’avons aucun lien avec cette association».

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La ville de Lausanne entre en jeu

Entre-temps, la Ville de Lausanne s’invite dans le récit avec une prétention légitime: locataire depuis l’automne dernier pour une de ses écoles d’une salle de gym et d’un local parascolaire de Mont-Olivet, elle fait savoir qu’elle ne compte pas en rester là. Car une partie du site doit garder sa vocation scolaire, on ne peut pas le transformer entièrement en appartements.

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Aujourd’hui, la société Durable passe à l’attaque. Cette planificatrice de projets (qui a notamment travaillé pour le projet Praille-Acacias-Vernets à Genève) réclame à Comunus 250’000 francs d’impayés. «Cette histoire, c’est du Kafka», résume, amer, son directeur Patrice Bulliard. En 2015, il s’intéresse à la parcelle de Mont-Olivet et fait une offre d’achat à 24,5 millions de francs. «Puis nous avons été présentés à Comunus qui avait aussi la volonté d’acheter et qui nous a proposé d’intervenir comme planificateur, raconte Patrice Bulliard. Ce qui nous a convenu car cela correspond à notre vocation première, l’investissement n’étant qu’accessoire.»

«Rien n’est venu»

Ancien directeur du service d’urbanisme de la Ville de Lausanne, Patrice Bulliard connaît les contingences inhérentes à ce site. Aussi propose-t-il un projet alliant protection de celui-ci et habitat. «A l’automne 2015, notre partenariat avec Comunus a été conclu oralement, raconte-t-il. Il portait sur le courtage, puis la réalisation d’un projet urbanistique et architectural après l’acquisition. Nous avons signé le contrat de partenariat qui venait sceller l’accord et attendions que Comunus fasse de même. Mais rien n’est venu».

Le directeur assure avoir à ce moment-là déjà réalisé l’essentiel du travail – analyse historique et typologique de la transformation du bâtiment, analyses structurelles et financières. Sa société planchait aussi sur la révision du plan de quartier. En décembre, une nouvelle séance a lieu entre les deux protagonistes «pour discuter de la suite et préparer la maquette du site», relate Patrice Bulliard.

«Prétentions nulles et non avenues»

De suite, il n’y aura pas. En janvier 2016, la vente est signée et Durable n’entend plus parler de Comunus. «Nous leur avons alors demandé de nous payer le travail de courtage et d’analyse fourni, mais ils nous ont répondu qu’ils ne nous connaissaient pas», raconte Patrice Bulliard. A son avocate, Sarah Perrier, Comunus répond que «les prétentions de Durable sont nulles et non avenues». «Nous allons donc saisir les tribunaux compétents d’une demande de paiement pour les honoraires de courtage et l’ensemble du travail déployé en vue de l’acquisition», explique celle-ci. Contacté, Comunus rétorque «avoir tenu tous ses engagements lors de cette vente».

Pour Patrice Bulliard, c’est moins le dommage auquel il prétend que le gâchis qui le chagrine. «Cela me fait tellement de peine de voir ce site exceptionnel malmené! Notre projet était transparent, il voulait voir la chapelle revenir au quartier et, au lieu de cela, c’est Ecône qui s’y trouve. J’éprouve de la honte d’avoir été en quelque sorte complice de ce hold-up».

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