Aucune homologation de concession anticipée ne sera validée par le gouvernement valaisan durant les cinq prochaines années si le parlement entérine la décision prise hier par le Conseil d’Etat. Tout le monde attendait le décret urgent du conseiller d’Etat Jean-Michel Cina. Même des membres de son propre parti disaient, il y a quelques jours encore, qu’il y avait urgence. Le renouvellement des concessions est l’un des gros dossiers pour le canton. Les contrats signés avec les entreprises électriques pour 80 ans arrivent à terme. L’utilisation de la force hydraulique revient en mains des communes et il s’agit de décider s’il faut les concéder à nouveau à des groupes étrangers ou si le Valais est capable d’exploiter lui-même cette richesse.

A première vue, la décision de Jean-Michel Cina paraît salvatrice, alors que les grandes entreprises électriques ont parfois déjà entamé des négociations avec les communes pour renouveler leurs concessions. Pourtant, elle est en définitive un moratoire, en attendant une véritable décision stratégique. Et cette lenteur inquiète: «Le gouvernement propose d’échelonner les réflexions sur cinq ans alors que nous souhaitons des décisions rapides pour que les parlementaires valaisans à Berne puissent faire leur travail», déplore Damien Métrailler, président de l’association des communes concédantes. «Différents textes sont actuellement déposés au parlement fédéral et il faudrait que nos élus sachent ce qu’ils doivent défendre, faute de quoi nous risquons de nous voir imposer des solutions de l’extérieur.»

Christophe Darbellay, conseiller national et président du PDC suisse, est surpris par la décision de Jean-Michel Cina: «Je n’étais pas au courant de ce moratoire. Les autres parlementaires valaisans non plus! Surtout, nous ne pouvons pas encore attendre cinq ans avant de prendre une décision. A Berne, les choses vont vite. Le Valais doit faire ses devoirs avant que d’autres le fassent à sa place, sinon ce sera Weber bis.»

Dans les multiples bras de fer qui voient s’opposer communes, Confédération, distributeurs et concessionnaires, le canton a le pouvoir d’homologuer, ou pas, les contrats signés entre les concessionnaires et les communes. Alors que la loi cantonale stipule que l’exécutif n’homologuera une concession que si elle ­correspond au bien public, l’or­don­nance qui devrait établir les critères définissant ledit bien public n’a jamais été écrite. «Nous attendons, depuis l’entrée en vigueur de la loi cantonale sur l’énergie en 2004, que ce vide juridique soit comblé», lâche Jean Pralong, ancien président du conseil d’administration des Forces motrices valaisannes et membre de la commission cantonale chargée de proposer des solutions au retour des concessions.

«Le bien public est défini dans la vision en six points que nous avons jointe au décret urgent, mais l’adoption d’un modèle précis pour le retour des concessions est un processus qui doit permettre aux Valaisans de s’unir», répond Jean-Michel Cina. «Pour y arriver, cinq ans, c’est un objectif réaliste mais serré.»

La vision du gouvernement tient en six lignes, assez vagues pour créer un consensus: «L’énergie hydraulique sert à la sécurité d’approvisionnement en Valais et en Suisse, le potentiel du canton doit être exploité de manière optimale, la majorité des revenus provenant de la production indigène doit rester en Valais», etc. Pour Jean Pralong, «le premier énoncé a une vraie portée politique parce qu’il signifie que nous serons solidaires avec le reste du pays».

Doris Leuthard a signé mercredi une convention avec l’Allemagne et l’Autriche dans laquelle les trois pays s’engagent à favoriser le pompage-turbinage. Et la conseillère fédérale a rappelé que la Suisse «peut ainsi devenir la pile de l’Europe», cette technique permettant de compenser la production inégale des énergies éoliennes et solaires. Les barrages valaisans sont donc au cœur de la politique énergétique fédérale.

Outre une vision stratégique toujours balbutiante, le Valais est en retard sur de nombreux autres points. «La majorité des revenus de l’hydraulique doit rester en Valais. C’est une belle déclaration, mais comment allons-nous le réaliser alors que le Service cantonal de l’énergie compte une dizaine d’employés contre 140 pour celui de l’agriculture?» se demande Jean Pralong. Le canton affirmait aussi hier vouloir chercher un partenariat entre tous les acteurs de l’énergie hydraulique. «Le problème du secteur de la distribution, composé de 55 entreprises qu’il faudrait réunir en trois grandes entités pour être efficaces, n’a toujours pas été abordé», souligne-t-il. «Evidemment, les distributeurs représentent beaucoup d’électeurs…» Et, évidemment, la fusion des entités fait problème dans un canton où les identités régionales sont très marquées.

«Cinq ans, c’est un objectif réaliste mais serré»