Une question qui occupe à la fois des pédiatres, des urologues, des juristes et des théologiens ne peut être qu’épineuse. Il en va ainsi de la circoncision.

L’ablation du prépuce pour des motifs non médicaux – comprenez religieux – est-elle une atteinte préjudiciable au corps de l’enfant? La récente décision du Tribunal de grande instance de Cologne, qui estime que oui, semble avoir ouvert les vannes d’un débat retentissant, à ramifications multiples.

Mesurant la complexité des questions soulevées et la virulence de la polémique, l’hôpital pédiatrique de Zurich va prendre le temps de réfléchir. Dès la semaine prochaine, un groupe interdisciplinaire composé des spécialistes cités plus haut se réunira pour tenter de définir les droits et les ­devoirs des médecins en milieu hospitalier, s’agissant d’une intervention chirurgicale qui ne se justifie pas sur le plan de la santé.

Réfléchir, donc. Cela n’aurait fâché personne si le Kinderspital n’avait pas décrété qu’en attendant de savoir qu’en penser, il cesserait de pratiquer les circoncisions pour motifs religieux.

Incompréhension

«Nous n’avons rien contre la réflexion, au contraire, affirme Sabine Simkhovitch-Dreyfus, vice-présidente de la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI). Mais décréter un moratoire… Cela pourrait se justifier s’il y avait un danger imminent à poursuivre la pratique. Mais pour une opération qui n’a jamais posé de problème jusqu’à présent, nous ne comprenons pas.»

Une urgence se cache-t-elle derrière ce moratoire? L’hôpital pédiatrique de Zurich craint-il d’être confronté à des plaintes pénales comme en Allemagne?

«Nous n’avons aucune crainte sur ce plan-là, affirme son porte-parole Marco Stücheli. En revanche, nous estimons qu’un moratoire crée les meilleures conditions pour la réflexion. D’autant que, sur un mois, nous ne recevons qu’une ou deux demandes de circoncision pour des motifs non médicaux. Et que nous comptons aboutir dans nos réflexions dans les plus brefs délais. Si possible avant la fin de l’été.»

Dans un temps si court, pas de risque, donc, que des parents en soient réduits à aller faire circoncire leur garçon par n’importe qui dans des conditions d’hygiène douteuses – ce qui constitue le principal danger d’une hypothétique criminalisation de cette pratique.

«Nous ne pouvons qu’espérer que ce moratoire aura bien le caractère temporaire qu’on nous annonce», relève cependant Sabine ­Simkhovitch-Dreyfus.

En attendant, la FSCI entend prendre contact avec l’hôpital pédiatrique de Zurich pour nourrir de façon constructive la réflexion qui vient d’être ouverte.

Les autres hôpitaux de Suisse n’échapperont pas au débat, mais pour l’heure il n’est pas question d’une démarche coordonnée. Celui de Saint-Gall déclare à l’ATS vouloir lui aussi réfléchir. Les HUG indiquent pour leur part que si rien n’est encore formellement décidé, les appels incessants des médias les contraindront à empoigner la question dès la rentrée. Au CHUV, on réfléchira peut-être. Mais en attendant, on continuera à recevoir les parents qui souhaitent faire opérer leur garçon.