Lorsque le dessinateur SEN qui croquait la vie politique dans le Journal de Morges a posé ses crayons, il a tenu ce discours: «Je tourne en rond. Mon premier dessin il y a dix ans traitait du Centre aquatique, le dernier également.» Ce n’est pas le seul à avoir cette impression. Cela fait vingt ans que l’on promet aux Morgiens leur piscine couverte et au vu des événements, ils ne l’auront peut-être pas avant une petite dizaine d’années encore… Récapitulons.

Morges compte 15 700 habitants et la ville est le chef-lieu d’un district de 82 600 habitants. Elle offre durant la saison estivale une charmante piscine publique en bord de lac, dotée d’un bassin olympique, qui ferme ses portes courant septembre. Ses usagers, désireux de poursuivre leur activité sportive l’hiver, veulent un bassin couvert. Les plus proches se trouvent à Mon-Repos à Lausanne, et au Sentier à la vallée de Joux.

Plus qu’une piscine municipale, un projet régional

En 2005, la ville de Morges imagine une bulle pour recouvrir le bassin existant. Mais, vite, on comprend qu’il faut imaginer un projet de plus grande dimension, les discussions passent alors sous le pilotage de la toute nouvelle association économique régionale Arcam, qui regroupe des communes de tout le district. Le Parc des sports morgien comme site d’accueil du centre aquatique est retenu, la possibilité d’une réalisation en partenariat public-privé est avancée. Trente-trois communes environnantes se joignent à la ville de Morges pour monter le projet. Le financement prévoit une répartition des coûts comme suit: 15 millions à la charge de Morges, et 15 à la charge des villages actionnaires.

Les communes visent directement plus que la construction d’une simple piscine couverte, elles veulent se doter d’une «infrastructure régionale phare» qui accroîtra l’attractivité de la région. «Nous souhaitons un projet rapide», écrit un lecteur dans le Journal de Morges en janvier 2008; «Je pense qu’il faut voir grand tout de suite plutôt que de regretter de menues économies plus tard», en écrit un autre dans la même édition.

Un projet lauréat à 65 millions de francs

Dix années de palabres plus tard, le projet lauréat «Les Bains du parc» dévoile ses ambitions. «Bassins extérieurs et intérieurs, toboggans, plongeoirs, espaces ludiques, espaces bien-être et restaurants répondront à toutes les activités aquatiques, sportives, familiales ou de plaisance», peut-on lire sur son flyer de présentation. Il ne comporte pas de bassin olympique (50 m) intérieur. Son coût: 65 millions de francs à répartir entre les 34 communes. L’exploitant et l’architecte sont tous deux des sociétés françaises.

Le Conseil communal de Morges vote presque unanimement le nouveau Plan partiel d’affectation (PPA) du terrain du Parc des sports en 2018 sur lequel on peut construire un projet de parc aquatique et un parking souterrain de 640 places. Mais il y a un mois, durant les vacances de Noël, un petit groupe de sept citoyens inquiets passe glisser dans quelque 5000 boîtes aux lettres un référendum pour que les Morgiens puissent voter sur ce PPA. Ils récoltent près de 2500 paraphes, alors que 1000 de moins auraient suffi. Les Morgiens voteront donc très probablement le 17 mai 2020 sur le projet du Parc des sports. Et si le PPA est refusé, c’est tout le travail qu’il faudra reprendre à zéro…

Plusieurs raisons de dire non…

Dominique Degaudenzi, un ancien radical, imprimeur de profession, est l’initiateur du référendum. «On n’a pas demandé à la ville de Morges de nous créer un besoin, on lui a demandé de répondre à un besoin. Depuis vingt ans, la requête des Morgiens est claire: ils veulent un bassin olympique couvert. Le projet qui va leur être imposé n’en comporte pas, il leur propose tout un tas d’autres choses qu’ils n’ont pas demandé: des toboggans, des jacuzzis, des hammams.» Selon lui, un refus des Morgiens le 17 mai prochain cristalliserait plusieurs NON. «Les terrains de foot du Forward seraient empiétés par ce centre aquatique titanesque, le camping de Morges serait réduit de moitié, les coûts d’entrée à la piscine n’auraient plus rien de populaire, les prix des places de parc aussi.» Il balaie le risque qu’un refus du PPA en mai prochain entraîne dix nouvelles années de discussion autour de la piscine. «A mes yeux, il suffit de proposer aux Morgiens un simple bassin couvert de 50 mètres aux abords de la patinoire, ce qui permettrait un échange thermique entre les deux zones sportives. Cela peut se réaliser très rapidement et à un coût nettement inférieur.»

En prenant acte du fait que les Morgiens seront appelés aux urnes prochainement, le Parti socialiste, principal parti de la ville, a lancé un communiqué soutenant le PPA. Son coprésident Bastien Monney appelle à la prudence: «Le référendum a sciemment mélangé l’affectation du sol et les projets non validés par le Conseil communal tel que le centre aquatique «Les Bains du parc». Il nous a fallu dix ans pour aboutir à ce plan qui règle l’utilisation du sol, il est important que les Morgiens comprennent qu’ils peuvent l’accepter, et se déterminer plus tard sur le centre aquatique s’il est soumis à un référendum.» Le Parti socialiste appelle les autres partis du Conseil communal ayant tous accepté le PPA à le rejoindre dans sa campagne qui ne fait que débuter, ainsi que les sociétés sportives telles que Morges natation.

Si le référendum aboutit dans les urnes, il s’agira pour les partis d’interpréter le NON des Morgiens: ne veulent-ils pas de centre aquatique, pas de parking souterrain, sauver leur camping? Le projet a-t-il perdu de sa pertinence avec la montée des préoccupations environnementales? Il faudra les comprendre, et vite, car 2021 est une année électorale pour la ville de Morges.