La décision est prise, la douane-poste de Montbrillant (17 emplois) sera fermée en 2003 et rien n'indique que la Direction générale de La Poste revienne en arrière, malgré l'opposition conjuguée des autorités genevoise, de l'économie et des organisations syndicales. Répondant hier matin à une interpellation de la conseillère aux Etats Christiane Brunner, le chef du Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication, Moritz Leuenberger, n'a laissé aucun doute à ce sujet. Par contre, s'agissant de la douane-poste de Cointrin (45 emplois), elle aussi menacée, rien n'est décidé: «Nous attendons de La Poste qu'elle tienne compte de trois éléments: la qualité et notamment la prise en considération des besoins de l'économie locale, l'efficience et la responsabilité sociale», a précisé Moritz Leuenberger, qui a laissé entrevoir la possibilité d'une solution «avec laquelle Genève puisse être d'accord».

On s'achemine, comme annoncé, vers la fermeture de Montbrillant et le maintien d'une structure à l'aéroport dans une forme vraisemblablement réduite. Sous cet aspect, Carlo Lamprecht, qui misait beaucoup sur un soutien de Moritz Leuenberger, risque d'être déçu. Même si l'actuel Président de la Confédération a insisté sur le fait qu'«il ne serait pas convenable que La Poste prenne n'importe quelle décision avec laquelle la branche du diamant et de la bijouterie à Genève ne puisse être d'accord. La Poste le sait.» André Mudry, porte-parole de La Poste, confirme que des discussions sont en cours avec les milieux économiques et la douane pour trouver une solution qui satisfasse tout le monde.

Au Département genevois de l'économie, en l'absence du conseiller d'Etat Carlo Lamprecht, le secrétaire général Christian Nouveau maintient la position officielle: «Nous voulons garder les deux douanes-postes. Nous allons continuer à nous battre pour Montbrillant. Accepter sa fermeture, alors que l'on ne connaît même pas l'importance que l'on continuera d'attribuer à la douane-poste de l'aéroport, c'est mettre le doigt dans l'engrenage du démantèlement.» Même opposition côté syndical. Président du Comité d'action et de l'Association des fonctionnaires de la Confédération à Genève, René Simon Meyer estime que le danger est grand que, après avoir détourné vers Bâle et Zurich une partie des colis triés à Genève, La Poste estime superflu le maintien d'une structure qui ne traiterait plus que 12% des colis. Pour preuve des contradictions et de l'incertitude qui planent sur Cointrin, les syndicats dénoncent la tenue, hier soir, par la direction de La Poste, d'une séance d'information sur «la bourse de l'emploi» destinée aux employés des deux postes. Comme si l'on s'apprêtait déjà à réduire les effectifs à Cointrin également.

La Poste a beau jeu de rappeler qu'il n'y aura aucune suppression, puisque ses besoins sur la place de Genève sont actuellement de 30 personnes, qu'elle ne parvient pas à trouver. C'est en tout cas le message rassurant que Swiss Post International a voulu faire passer hier soir au personnel, avec la présentation de la Bourse de l'emploi. Les associations de personnel refusent toutefois d'entrer dans ces considérations: «Nous sommes d'avis qu'il faut bloquer toute décision sur Montbrillant tant que la plus grande transparence et toutes les garanties n'ont pas été données pour l'avenir de la plate-forme de Cointrin», dit René Simon Meyer.

Il est vrai que l'argumentation de La Poste pèche par son incertitude sur l'avenir de Cointrin. Officiellement, la réorganisation est prévue pour 2004-2005, et l'on ne parle plus de douane-poste, mais simplement de «plateforme logistique» pour laquelle il faut encore définir les tâches et les moyens. De son côté, La Poste ne cache pas son intention de rapatrier l'essentiel du trafic sur Bâle (colis par voie terrestre) et Zurich (voie aérienne). Pour Genève, c'est le syndrome Swissair qui se poursuit. L'abandon par la compagnie nationale des lignes intercontinentales à partir de Genève, en 1996, justifie, aux yeux de La Poste, de reconsidérer le rôle de la douane-poste de Genève. A partir du moment où les lignes vers l'Afrique du Sud au départ de Genève-Cointrin ont été supprimées, il serait illogique, estime Moritz Leuenberger, qu'un colis qui serait parti de Saint-Gall soit trié à Genève et réexpédié à Kloten. Ce qui apparaît dès lors comme un soutien à la logique de La Poste.