On sait Moritz Leuenberger fort jaloux de sa vie privée. Mais le sémillant Zurichois vient de tendre les verges pour que l'opinion publique le batte. La presse alémanique, Blick en tête, a épinglé jeudi le conseiller fédéral pour le rôle qu'il voulait donner à sa compagne dans la rénovation de son Département fédéral de l'environnement, des transports, de l'énergie et de la communication (DETEC). Il aurait demandé à Gret Loewensberg, en sa qualité d'architecte, d'apporter sa touche personnelle au renouveau de l'aile nord du Palais fédéral. Sur les 300 000 francs de travaux budgétés, Gret Loewensberg aurait touché 20 000 francs d'honoraires, opération guère lucrative de l'aveu même de la principale intéressée. Pour les beaux yeux de Moritz, elle était cependant partante.

Ce sens familial du sacrifice restera sans effet. Jeudi, les services du conseiller fédéral se sont en effet empressés de faire savoir que les deux concubins renonçaient au projet «pour ne pas donner l'impression que des critères personnels jouent un rôle lors de l'attribution de tels mandats».

Naïveté ou arrogance? Moritz Leuenberger a insisté pour que sa compagne travaille pour lui, alors qu'à son arrivée au Conseil fédéral en 1996, une collaboration identique avait déjà fait scandale. Il s'agissait alors de relooker de fond en comble le bureau du chef après l'ère Adolf Ogi. Une certaine compréhension avait entouré l'affaire, tant il pouvait apparaître «normal» que l'antre même d'un ministre soit dessiné par la personne qui partage le mieux ses goûts d'esthète. Mais les remous furent suffisamment écumeux pour que le socialiste décide, fâché, de payer de sa poche les honoraires de sa compagne.

Il ne tient visiblement pas à s'engager aussi loin pour des travaux qui le touchent moins personnellement. Quitte à en arriver à une solution plus chère et moins belle, le conseiller fédéral, en vacances avec Gret, a donc demandé qu'un autre bureau d'architecte soit mandaté. Le feuilleton fédéral de l'été n'aura duré que deux jours…