Dans un peu plus d'un mois, la redevance poids lourds liée aux prestations (RPLP), en vigueur depuis 2001, sera relevée d'environ 50%. Cette mesure avait été décidée au moment de la conclusion de l'Accord sur le transit avec l'UE. Dès l'an prochain, la RPLP verra ses recettes grimper à 1,2 milliard, dont la moitié sera versée au fonds de financement des projets ferroviaires, un sixième à la Confédération et un tiers aux cantons. Ce renchérissement du transit routier devrait donner une nouvelle incitation à utiliser le rail pour faire transiter des marchandises par la Suisse. C'est du moins ce qu'espère le ministre des Transports, Moritz Leuenberger.

Il a présenté jeudi un rapport à ce sujet, rapport dont le Conseil fédéral a pris connaissance mercredi. Ce document témoigne d'une diminution de 8% du trafic routier à travers les Alpes entre 2000 et fin 2003. Cette évolution n'est cependant pas linéaire, bien au contraire. Si le trafic lourd a régulièrement régressé entre 2000 et 2002 – durant cette période, le nombre de passages a reculé de 1,4 à 1,25 million –, il a regagné du terrain en 2003 (1,29 million de courses), avant de diminuer à nouveau durant les six premiers mois de 2004. En parallèle, le rail a, durant les neuf premiers mois de l'année en cours, gagné pour la première fois des parts de marché par rapport à la route.

Selon le Département fédéral des transports, la diminution du nombre de camions qui ont franchi l'Arc alpin ces quatre dernières années est principalement due à la RPLP et à l'élévation du tonnage maximal autorisé par convoi (celui-ci est passé de 28 à 34 tonnes en 2001 et grimpera à 40 tonnes le 1er janvier 2005). La faiblesse conjoncturelle ne contribue que modérément à ce trend, selon le département. Le comité de l'Initiative des Alpes conteste cette analyse. Selon lui, la morosité économique et les mesures de dosage de la circulation prises après l'accident survenu dans le tunnel du Gothard en octobre 2001 sont les deux principaux facteurs qui expliquent la diminution du trafic lourd.

Quoi qu'il en soit, on est encore loin du compte. L'objectif visé est un plafond de 650 000 camions en 2009. L'augmentation de la RPLP constitue le principal levier pour l'atteindre. Après celui de 2005, un nouveau relèvement de la taxe d'environ 8% est prévu pour 2007, date de la mise en service du nouveau tunnel ferroviaire du Lötschberg. Mais Moritz Leuenberger craint que cela ne suffise pas et n'exclut pas que d'autres mesures soient proposées. «On peut imaginer une taxe de transit alpin, un péage au tunnel ou une bourse de transit», lâche-t-il. Une décision ne sera cependant pas prise avant 2006. C'est à ce moment-là que le Conseil fédéral devra présenter une nouvelle loi sur le transit alpin, conformément à l'article constitutionnel sur la protection des Alpes. S'il propose de nouvelles taxes, le Conseil fédéral devra alors se demander si elles sont conformes à l'Accord sur le transit ou si une renégociation de celui-ci est nécessaire. De son côté, le comité de l'Initiative des Alpes approuve l'idée d'une bourse de transit, à condition que ces réservations de passages s'accompagnent d'un contingentement du nombre de camions.

«Pour atteindre l'objectif visé, les mesures de politique intérieure ne suffiront d'ailleurs pas. Il faut aussi que les autres pays collaborent», insiste Moritz Leuenberger. A ce propos, il attend beaucoup de la taxe poids lourds que l'Allemagne va introduire le 1er janvier 2005, projet qui a déjà connu bien des déboires et dont on ne sait pas encore quels résultats il va produire. De son côté, l'Autriche a mis en vigueur un péage de transit au début de cette année.