Le conseil d'administration des CFF a été fustigé de toutes parts lundi au Conseil national pour les augmentations de salaires massives qu'il a octroyées aux membres de la direction générale pour 2001. Le président du conseil, Thierry Lalive d'Epinay, a été particulièrement chahuté, le syndicaliste Paul Rechsteiner (soc./SG) l'invitant même à demi-mot à quitter ses fonctions. Le Conseil fédéral a également été pris à partie, divers parlementaires de tous bords estimant qu'il n'aurait pas dû laisser faire le conseil d'administration des CFF. Loin de se cantonner à la gauche de l'hémicycle, des critiques acerbes ont fusé aussi dans les rangs de tous les partis bourgeois. Alex Heim (PDC/SO) a ainsi qualifié la politique salariale des CFF de «sans vergogne et même d'immorale», ce qui lui a valu des applaudissements du public massé dans les tribunes. Celui-ci s'est du reste enflammé à plusieurs reprises, malgré les appels au calme lancés par la vice-présidente du National, Liliane Maury Pasquier (soc./GE).

Depuis leur autonomisation opérationnelle, les CFF ont certes largement les mains libres, y compris en matière de salaires, et aucune norme légale n'a été violée, a admis Erich Müller (rad./ZH). Il n'en reste pas moins que le conseil d'administration a totalement manqué de «sensibilité» en n'impliquant pas le Conseil fédéral dans ses décisions. Le gouvernement lui-même aurait davantage dû s'y intéresser car la Confédération reste jusqu'à nouvel ordre le propriétaire des CFF à 100%, a-t-il déclaré. Plusieurs députés bourgeois des régions périphériques se sont émus de ces hausses de salaires mirifiques alors que l'on ferme simultanément de manière massive des bureaux de poste et des gares. Si au moins les CFF pouvaient se targuer d'être performants. Mais l'entreprise ne peut pas se prévaloir d'employés particulièrement satisfaits et elle coûte encore des milliards de francs par an en subventions. En agissant de la sorte, les CFF «mettent en danger la paix sociale», s'est exclamé Max Binder (UDC/ZH). A l'instar de nombreux autres intervenants, le futur président des radicaux, Gerold Bührer, a regretté que les CFF «n'aient pas adapté plus progressivement leurs salaires à ceux du marché». Cette «erreur psychologique» ne doit toutefois pas remettre en cause le processus de libéralisation des entreprises publiques engagé depuis plusieurs années qui est «la seule voie juste», a-t-il averti.

A gauche, les critiques ne sont pas foncièrement différentes. Patrice Mugny (Verts/GE) a annoncé le dépôt d'une initiative parlementaire interdisant des salaires dans les entreprises publiques supérieurs à ceux de conseillers fédéraux (environ 400 000 francs par an). Côté socialiste, la Bâloise Susanne Leutenegger Oberholzer a exigé que le Conseil fédéral définisse une stratégie claire en matière salariale en tant que propriétaire. Elle appelle de ses vœux en particulier des règles sur l'écart maximum entre les salaires les plus bas et les plus hauts au sein d'une entreprise.

Irritation à peine masquée

Face à ce torrent de critiques, Moritz Leuenberger a à peine caché son irritation. En adoptant la loi sur les chemins de fers, le parlement a explicitement souhaité que les CFF soient plus concurrentiels et proches du marché. «On savait que cela entraînerait un rapprochement des conditions prévalant dans le secteur privé. J'avais averti explicitement lors des débats qu'une des conséquences en serait une hausse des hauts salaires.» D'avis lui aussi que la situation n'est aujourd'hui satisfaisante «ni psychologiquement, ni politiquement», il s'est dit prêt à fixer des règles du jeu pour l'avenir et a promis pour fin avril un rapport détaillé sur la situation dans toutes les entreprises dépendant de la Confédération (entreprises d'armement, Banque nationale, SUVA, etc.). «Et pas seulement dans celles qui vous arrangent pour des raisons partisanes», a-t-il lancé à l'adresse des députés.