Paysage

Au Mormont, le groupe Holcim mise désormais sur un plan B

Le groupe cimentier qui exploite la colline d’Eclépens, dans le canton de Vaud, veut toujours s’étendre dans un paysage protégé. Vu les risques d’échec, il mise sur une solution transitoire. 60% du ciment utilisé en Suisse romande provient de ce site

Le groupe Holcim est optimiste: il espère toujours pouvoir étendre son exploitation d’Eclépens (VD) vers le sommet de la colline du Mormont, dans un paysage pourtant inscrit à l’inventaire fédéral. Toutefois, pressée par le temps alors que l’opposition s’organise, la cimenterie a élaboré un plan B, présenté jeudi soir à la population de la région.

La priorité consiste désormais à prolonger l’extraction du calcaire non plus vers le nord et le haut de la colline, mais vers l’ouest et le lieu-dit La Birette, sur la commune de La Sarraz. A défaut de cette solution transitoire, la cimenterie risque de se trouver à court de matériau d’ici à huit ans. 60% du ciment utilisé en Suisse romande, où la demande est croissante, provient d’Eclépens.

L’exploitation d’Holcim éventre peu à peu la colline, une atteinte au paysage qui suscite un rejet croissant. Une association «Pour la sauvegarde du Mormont» s’est constituée il y a quelques mois. Mais l’entreprise a investi dans la période récente 600 millions de francs sur ce site, dont elle fait une vitrine: «C’est un fleuron de la technologie, nous fonctionnons à 70% avec de l’énergie de substitution [incinération de pneus, farine et autres déchets]», a souligné, lors de l’assemblée publique, François Girod, qui dirige l’usine d’Eclépens depuis dix ans. «Des carrières Holcim, c’est l’une des plus chères à l’exploitation», a-t-il précisé.

Ce plan B a été présenté aux habitants d’Eclépens et de La Sarraz mois d’un an après la présentation du plan A, visant le paysage protégé. Le projet de comblement progressif de la carrière avec des matériaux d’excavation, proposé en 2013, est également reporté.

La réunion s’est tenue dans la courtoisie, mais on sent que la tension monte. Les contestataires mettent en cause la puissance du groupe Holcim dans la région, d’autres défendent au contraire «le maintien d’emplois pour nos enfants». La section vaudoise de Pro Natura a fait savoir, lors de la séance, qu’elle s’opposera à toute extension de la carrière, tant qu’elle n’aura pas la garantie que la zone inscrite à l’inventaire ­fédéral des paysages (IFP) sera épargnée.

Cinq cantons concernés par l’exploitation de carrières dans des sites IFP se sont adressés à la conseillère fédérale Doris Leuthard, lui demandant de faire établir le besoin stratégique de matériaux à l’échelle suisse. On s’attend à un long processus, ce qui pousse le canton et l’entreprise à miser sur une solution de repli transitoire. Le plan B doit être mis à l’enquête à la fin de cette année.

Le Mormont, c’est aussi la découverte archéologique spectaculaire qui a mis au jour, en 2006, l’un des plus grands sites cultuels celtes d’Europe. Les opposants aux projets d’Holcim avancent, sur la base des premières fouilles précipitées de 2006 et de «critiques venues d’autres cantons», que l’archéologie ne fait pas le poids face aux autres intérêts en jeu. L’archéologue cantonale, Nicole Pousaz, a fermement contesté cette thèse, qualifiant même d’«exemplaire» le partenariat conclu depuis quelques années avec la multinationale du ciment.

Un «partenariat exemplaire» entreles archéologueset la multinationaledu ciment

Publicité