Hommage

Mort d'André Wyss, le Jurassien du verbe et de la musique

Spécialiste de la langue et «mélomane professionnel», le professeur de français vient de décéder, à l'âge de 71 ans

La maladie aura donc fini par le vaincre, lui qui la combattait pied à pied depuis si longtemps, sans rien abandonner de sa vocation: parler aux gens, partager avec eux sa passion pour la littérature, la poésie, la musique.

Né à Saint-Ursanne en 1947, André Wyss obtient sa maturité à Porrentruy mais s’en vient étudier les lettres à l’Université de Genève. Jurassien, il le restera pourtant par ses travaux sur les auteurs du pays, Jean Cuttat, Alexandre Voisard, et tous ceux qu’il réunira dans son Anthologie de la littérature jurassienne 1965-2000Après sa licence, il est assistant du professeur Henri Morier, dont il partage le goût pour l’histoire de la langue et la science poétique. Il soutient une thèse sur Jean-Jacques Rousseau, l’accent de l’écriture, publiée à La Baconnière en 1988.

Chargé d’enseignement à la Faculté des lettres de Genève, c’est finalement à l’Université de Lausanne qu’il est nommé professeur ordinaire en 1987 à la chaire de langue et littérature françaises du XVIIe siècle à nos jours. Vice-doyen, puis doyen de la Faculté des lettres, il devient professeur honoraire en 2011.

A la télévision, aussi

Les mots, certes, mais les notes tout autant. Car la musique ne cesse de rester au cœur de ses préoccupations. Jeune homme, André Wyss chante en s’accompagnant de sa guitare sous le nom d’Alexandre Pertuis, puis devient membre assidu du Chœur universitaire de Genève, où il cultive sa voix, mais aussi son sens profond de l’amitié. C’est aussi là qu’il rencontrera sa femme, Danielle.

Il exerce un temps la fonction de critique musical et de chroniqueur langagier au Journal de Genève et à la Gazette de Lausanne, et se fait aussi connaître des téléspectateurs romands en arbitrant le jeu A vos lettres:

Devenu Lausannois, il intègre le Chœur de la Cité, où il partage l’enthousiasme de Véronique Carrot qui le dirige. Il n’est donc pas musicien de métier (contrairement à son frère le pianiste Gérard Wyss), mais «mélomane professionnel», comme il aimait à le dire. Si bien que l’essentiel de ses travaux, de son enseignement et de ses écrits tourne autour du rapport qu’entretiennent la poésie et la musique, la mélodie de la langue et le phrasé du lied, de l’opéra, sans négliger la chanson. Dans son Eloge du phrasé (PUF, 1999), il questionne autant Bach et ses motets, Boulez et Berio, que Georges Brassens, Francis Cabrel et Michel Jonasz.

Lire aussi: Livres: André Wyss, Eloge du phrasé (31.07.1999)

Sans rien abandonner de son exigence scientifique dans ses recherches sur la stylistique, les doctrines orthographiques, la rhétorique, la prononciation, l’évolution du français, il étend largement ses intérêts, par exemple du côté de la Fête des vignerons et de ses auteurs, poètes, musiciens et metteurs en scène.

On imagine bien que la retraite ne met pas un frein à son goût du partage. Membre de nombreux jurys et commissions, président de l’Université genevoise des seniors, il anime conférences et séminaires et, jusqu’à ce que tout récemment ses forces le quittent, trouve le moyen de renouveler son énergie au contact de ceux qui l’écoutent.

C’est à eux tous, autant qu’à tous ses amis, que sa voix manquera désormais. Nous adressons à son épouse, à ses deux filles, à ses petits-enfants, nos plus vives condoléances.

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