Après le décès tragique d'un garçon découvert pendu dans un arbuste du quartier du Grey à Lausanne, le juge d'instruction Holtkamp de la police judiciaire lausannoise a tenté mardi après-midi de faire taire les affabulations. Sans éclaircir les circonstances du drame, il a confirmé mardi après-midi ce que les premiers constats de l'enquête avaient mis en lumière lundi (Le Temps du 18 janvier): «On peut d'ores et déjà exclure raisonnablement un acte crapuleux. L'autopsie du corps de l'enfant a confirmé qu'aucun élément mettant en cause une tierce personne ne pouvait être mis en évidence.»

A l'inquiétude des habitants des immeubles locatifs situés au-dessus et à l'ouest du centre commercial des Bergières, le magistrat répond laconiquement: «Les craintes évoquées ne semblent pas fondées.» Au fil des témoignages recueillis sur les chemins qui relient les tours de ce quartier de moyen standing des années 70, il était palpable qu'adultes et écoliers étaient très frappés. «Je suis tellement triste que j'ai pleuré toute la journée», confiait cette dame à l'accent espagnol. Mais les voisins du drame ne pouvaient s'empêcher de laisser galoper leur imagination. Le décès, lundi en plein jour, de ce garçon de 9 ans et demi, découvert pendu à la lanière de son sac à bandoulière, dans un buisson entre deux immeubles, à mi-chemin entre son école et son domicile, n'aura laissé personne indifférent. «L'émotion s'exprime dans la dignité», commente Gérard Dyens, qui a coordonné les cellules de débriefing.

L'écolier en question, cheveux blonds, plutôt fluet, dit-on, était l'aîné de deux jumelles, né d'un père employé de banque et d'une mère secrétaire de profession. «Des gens très bien», selon le concierge de l'immeuble. Quant au scénario du drame, les rumeurs les plus folles couraient mardi. Entre celle du «pervers de l'avenue du Grey» et celle des adolescents racketteurs, il était facile d'entendre auprès des promeneurs de chiens des rengaines sur l'insécurité croissante du voisinage, le manque d'éclairage nocturne, ou les individus louches qui rôdent dans les caves. Lundi et mardi, Gérard Dyens, chef du service des écoles primaires et secondaires, avait pris le risque de devancer le juge, en dispensant une information dédramatisante aux enseignants, élèves et parents des deux collèges du quartier, ainsi qu'aux intervenants sociaux du voisinage: «C'est un accident tragique. Nous avons donné tous les éléments pour éviter que les gens ne tirent des liens avec la criminalité en ville ou la violence dans les écoles.»

Lundi après-midi, après la découverte du corps, une cellule de crise composée de deux infirmières, trois psychologues et une assistante sociale a convoqué les élèves de la classe de la jeune victime ainsi que tous leurs parents pour leur annoncer le décès. La même cellule a ensuite diffusé l'information auprès des enseignants du collège de Pierrefleur, ainsi qu'à celui des Bergières, qui se trouve tout proche du lieu du drame, mardi. Inès Reymond, responsable de la section psychologie scolaire du service de santé des écoles, explique la démarche. «Il s'agit d'encourager le fait que les gens en parlent, nous en parlent. Cependant, avec des informations lacunaires, on excite forcément la fantasmatique.» Si les enfants n'ont pas forcément exprimé leurs émotions sur le moment, ceux qui connaissaient le jeune garçon décédé ont été nombreux à ne pas trouver le sommeil lundi soir. Sur une place de jeux, une mère témoigne: «Ma cadette, cinq ans, a classé instantanément la chose. Mais avec mon fils de dix ans, nous avons eu une discussion sur la mort, jusque tard dans la nuit.» Signe d'une grande inquiétude, mardi matin, de nombreux parents d'élèves ont cru bon de conduire leurs enfants à l'école, et de les tenir par la main jusqu'au préau.

Un accident de jeu?

Si l'hypothèse d'une mort provoquée par une tierce personne est à ce stade exclue, l'enfant se serait tué tout seul, en se pendant au bout de la lanière de son sac, dans l'arbuste dans lequel on l'a trouvé. Le buisson en question est un cotoneaster, une espèce à feuilles persistantes. Constitué d'une dizaine de troncs de petit diamètre disposés en cercle, il forme un massif de deux mètres de hauteur autour des grilles d'aération d'un parking souterrain. Difficile d'imaginer que l'on puisse perdre la vie au bout d'une de ces branches. Et pourtant, la piste de l'accident de jeu est dès lors la plus probable. «Le suicide est extrêmement rare à cet âge-là», précise la psychologue scolaire Inès Reymond. Gérard Dyens tente de lire entre les phrases du juge: «Il faut imaginer par exemple un jeu qui peut dégénérer.» L'enquête dira peut-être si l'enfant grimpait à l'arbre en solitaire, ou avec des compagnons, que la police ne mentionnerait pas afin de les protéger.