La mort brutale de l’avocat Martin Wagner dimanche a suscité la stupeur dans les cercles médiatiques et politiques alémaniques. Le conseiller de la Basler Zeitung (BaZ) a été tué au matin par un voisin dans sa villa de Rünnenberg, à Bâle-Campagne. Il vivait dans ce village de 800 habitants avec ses trois enfants, deux fils entre 20 et 23ans et une fille qui venait de fêter son dixième anniversaire la veille. Tous trois sont orphelins désormais: leur mère Sandra Wagner est décédée en septembre dernier à l’âge de 46 ans, des suites d’un cancer. Ils sont pris en charge par un groupe de soins du canton.

L’hypothèse d’une rivalité entre voisins

L’auteur présumé du crime, un Suisse de 39 ans qui vivait dans le même quartier, également père de trois enfants, est décédé lui aussi. Il a retourné son arme contre lui après avoir tiré sur Martin Wagner. Le motif serait d’ordre privé, «sans lien avec les activités professionnelles de la victime», a indiqué la police. Citant le voisinage, le Blick évoque une rivalité entre les deux hommes: l’auteur du tir aurait soupçonné sa victime d’entretenir une relation avec sa femme, une information non confirmée à ce stade.

L'auteur serait un banquier, marathonien, grenadier à l'armée, qui avait dû rendre son fusil d'assaut en raison d'accès de jalousie. Il se serait déjà disputé avec l'avocat à plusieurs reprises, selon Blick. Jaloux, il aurait suivi sa femme chez les Wagner dimanche matin – une fille du couple dormait chez l'avocat, dont la fille avait fêté ses dix ans la veille. Une dispute aurait éclaté et l'homme aurait abattu l'avocat sans proférer un mot. L’enquête devra déterminer les mobiles exacts de l’acte.

«Il avait installé un dispositif anti-cambriolage dans sa villa. Mais je n’ai jamais perçu chez lui la moindre crainte de se faire tuer», souligne Hans Rudolf Gysin, ancien conseiller national PLR de Bâle-Campagne et proche du défunt. C’est au travers de lui que Martin Wagner a rencontré sa seconde femme, Sandra. Elle était secrétaire de l’Union des arts et métiers du canton de Bâle lorsque Hans Rudolf Gysin en était le directeur. Au fil du temps, les deux Bâlois sont devenus amis: «Martin Wagner est un avocat exceptionnel. Il m’a aussi conseillé en tant que politicien. Dur en apparence, il était capable de parler avec ses adversaires. Il se comportait toujours de manière correcte, mais il restait en retrait et n’était pas du genre à faire des compliments.» Hans Rudolf Gysin a introduit Martin Wagner auprès de la Basler Zeitung alors qu’il siégeait au sein du conseil de fondation de l’imprimerie Birkhäuser en mains du titre bâlois.

«Il n’avait pas de flair politique»

Avocat proche des milieux conservateurs à la réputation de dur à cuire, le nom de Martin Wagner est associé à plusieurs projets médiatiques en lien avec l’ancien conseiller fédéral UDC Christoph Blocher. Propriétaire de la radio Basilik entre 2007 et 2010, le Bâlois a siégé au sein du conseil d’administration de la Weltwoche, hebdomadaire proche de l’UDC, jusqu’en 2011. En 2010, Martin Wagner participe à l’achat de la BaZ avec Tito Tettamanti, qui le nomme éditeur du titre. Il quitte sa fonction peu de temps après en raison d’un conflit avec Christoph Blocher – copropriétaire du titre – et ses proches sur la stratégie à adopter. Il tente alors de se lancer en politique et se porte candidat à l’élection au Conseil national pour le PLR, sans succès. «Il n’avait pas de flair politique», explique Hans Rudolf Gysin. Martin Wagner retourne finalement à la Basler Zeitung en tant que conseiller.

Le Bâlois fait reparler de lui en mars dernier: il joue alors le rôle d’entremetteur entre un mystérieux groupe d’investisseurs autour de l’argentier de l’UDC, Walter Frey, et la direction du groupe de presse Ringier pour un rachat du Blick à quelque 200 millions de francs. Un projet qui ne verra jamais le jour, Ringier ayant refusé de vendre.

Martin Wagner est un proche de Bernhard Burgener – un magnat du divertissement, propriétaire du club FC Basel, qui a bâti sa fortune dans l’industrie du film et en commercialisant les matches de la Ligue des champions. En 2011, l’avocat avait tenté de racheter, pour le compte de sa société Escor-Casino, les TV et radio locales TeleZüri, Telebärn, Radio 24 et Capital FM, alors propriété de Tamedia. En vain.


Cet article a été complété après publication pour préciser le scénario du meurtre donné par le Blick