Carnet noir

Avec la mort de Michel Halpérin, une certaine idée du libéralisme s’est tue

Président du Grand Conseil, député et avocat, le brillant orateur Michel Halpérin est mort lundi après-midi. A la tête du Parti libéral genevois, il avait entrepris la démarche de la fusion avec le Parti radical

Les hommages pleuvent suite à l’annonce de la disparition de Michel Halpérin, figure quasi paternelle de la vie politique genevoise. Avocat, ancien bâtonnier, député au Grand Conseil qu’il présida entre 2005 et 2006, cet ancien président du Parti libéral genevois s’est éteint lundi après-midi, à l’âge de 65 ans, des suites d’un cancer. En juin, il avait quitté la présidence du conseil d’administration des Hôpitaux universitaires genevois.

«Humanisme de droite»

Michel Halpérin, c’était avant tout une voix. Une voix grave, rocailleuse mais chaude, de celles qui rassurent autant qu’elles intimident. «Il avait de ces petites phrases terribles qui faisaient savoir à l’orateur bavard qu’il aurait pu se contenter de trois mots pour exprimer ce qu’il avait péniblement dit en dix phrases, se souvient l’ancienne députée libérale Christiane Favre. La redoutable perspective d’être sanctionné par l’une de ces petites phrases nous rendait immédiatement meilleurs.»

Soucieux de n’écorcher aucun mot, l’homme était capable d’improviser un discours pendant de nombreuses dizaines de minutes, tout en tenant ses auditeurs en haleine. «Quand il lisait d’interminables projets de loi, il parvenait à prendre le rythme du commentateur des courses de Vincennes, sans qu’on en perde une seule syllabe», poursuit Christiane Favre. Courtois, respectueux de l’adversaire politique, l’élu savait imposer le silence dans un parlement bruyant. Cette voix-là était captivante, pas que pour sa tonalité mais également pour les mots qu’elle enrobait. Pour lui, la parole était trop précieuse pour qu’on l’entache d’insignifiance.

Michel Halpérin, c’était aussi une certaine idée du libéralisme. Celui qui exige la responsabilité et qui condamne les dérives du capitalisme. «Il est […] le gardien acharné d’un humanisme de droite, bienvenu dans cette période troublée où la cupidité de certains a plongé le libéralisme dans le discrédit», adressait l’ancien président du Parti démocrate-chrétien Fabiano Forte à celui qui allait quitter le Grand Conseil en 2009.

Critique

Homme épris de confidentialité, le sexagénaire s’engage fermement contre la lente agonie du secret bancaire, vitupérant contre «ce silence assourdissant, entremêlé de quelques propos incompréhensibles» des autorités suisses. Sur ce sujet, il s’illustre également pour critiquer la stratégie de sa propre famille politique. Epris de liberté – «Je suis libéral parce que soixante-huitard», confessait-il en 2000 à la Tribune de Genève –, Michel Halpérin milite la même année pour la création d’une commission parlementaire des droits de l’homme au Grand Conseil.

S’il fut un repère politique – on retiendra ainsi la façon dont il a rassemblé sa formation à la veille d’une douloureuse fusion avec le Parti radical – ainsi qu’une figure au sein de la communauté juive, Michel Halpérin aura été également un pilier dans sa vie de famille. Père de trois enfants – dont l’un siège au Grand Conseil –, il incarne la figure du vrai patriarche.

La voix qui rassure, celle qui gronde, et derrière elle, l’homme qui n’a jamais cessé de se sentir responsable. De ses enfants comme du monde.

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