Une délégation de parlementaires suisses dirigée par le président du Conseil national, l’UDC zurichois Jürg Stahl, effectue à Moscou la première visite à ce niveau depuis l’annexion de la Crimée en 2014 et l’isolement international qui s’en est suivi pour la Russie.

Les Suisses ont rencontré mercredi le premier ministre russe, Dmitri Medvedev, affaibli par une enquête anti-corruption de l’opposant Alexeï Navalny. Ils ont également eu des échanges avec le vice-ministre des Affaires étrangères, Vladimir Titov, et le vice-premier ministre, Vitali Moutko, mouillé dans le scandale du dopage des sportifs olympiques russes.

Même si elle n’a pas eu de contact avec l’opposition russe, la délégation du parlement fédéral en visite à Moscou depuis lundi estime avoir entendu «des avis très différents» sur la situation en Russie, ainsi que l’a indiqué au Temps Jürg Stahl. La délégation a pu discuter avec des experts et des représentants de la société civile, a-t-il précisé.

Invitation en Syrie déclinée

Ce n’était pas le cas à la Douma, dont le très influent président, Viatcheslav Volodine, entouré de députés tendance «faucons», a accueilli mardi la délégation suisse pour une mise au point plutôt ferme sur sa vision des relations. Faisant l’impasse sur la Crimée et l’Ukraine, Viatcheslav Volodine a mis l’accent sur le dossier syrien. Insistant à plusieurs reprises sur «la désinformation» et des «pressions d’autres puissances» dont sont victimes, selon lui, les Suisses, il s’est employé à les convaincre de la nécessité de se rendre sur place «avant de juger». Il a dans la foulée invité Jürg Stahl à se joindre à une visite parlementaire en Syrie, organisée par Damas et Moscou. Le président du Conseil national a décliné la proposition, arguant d’un emploi du temps trop chargé.

«Pas de leçons à recevoir»

La délégation suisse a bien tenté d’orienter la discussion sur une récente loi russe qui dépénalise la violence conjugale. Volodine a sèchement renvoyé les Suisses dans les cordes, leur rappelant que le droit de vote des femmes n’avait été accordé dans leur pays qu’en 1971, alors que la Russie l’a introduit en 1917. Il a rappelé que son pays «n’a pas de pas de leçons à recevoir» de l’étranger. Jürg Stahl a obtempéré, précisant que sa sensibilité politique était tout aussi réfractaire aux leçons étrangères. Après une brève justification de la loi controversée par le député ultra-conservateur Piotr Tolstoï, la délégation suisse a clos le débat en remerciant pour les «clarifications».

En marge des discussions, le député Tolstoï s’est félicité d’une visite suisse qui réduit l’isolement de son pays. «Les Russes ne sont pas aussi effrayants qu’on le dit en Europe. Nous nous sommes mis d’accord pour nous rencontrer régulièrement», a-t-il indiqué au Temps.