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Image d’illustration: La mosquée du Petit-Saconnex, ici en 2007.
© MARTIAL TREZZINI / Keystone

Genève

«La mosquée de Genève est au centre de la nouvelle donne géopolitique»

La mosquée du Petit-Saconnex a un nouveau directeur, après des années de dysfonctionnements et de soupçons. Ce changement n’est pas cosmétique, selon le politologue Hasni Abidi

Le règne obscur et chahuté d’Ahmed Beyari à la tête de la mosquée du Petit-Saconnex a pris fin, a révélé la Tribune de Genève. La Fondation culturelle islamique de Genève (FCIG) a depuis quelques jours un nouveau directeur, Fahad Abdullah Sefyan, un ambassadeur choisi par le nouveau secrétaire général de la Ligue islamique mondiale (LIM), organe de tutelle du centre.

Mohammed bin Abdulkarim al-Issa avait promis le changement, il a tenu parole. Après les licenciements de quatre employés, dont deux imams et le chef de la sécurité, fichés S en France pour radicalisation, alerté sur des problèmes de gestion, de sécurité et du malaise de certains fidèles, il a donc trouvé un successeur à l’ancien directeur contesté. L’analyse du politologue Hasni Abidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen à Genève.

Lire aussi: Grand ménage à la mosquée de Genève

Le Temps: est-ce un changement de fond ou un changement cosmétique?

Hasni Abidi: Le nouveau secrétaire général de la LIM a compris la gravité de la situation, et il faut s’en féliciter. Si le mode de désignation n’a pas changé – le responsable nouvellement nommé est lui aussi un diplomate saoudien, un homme du sérail qui marque le lien officiel entre la LIM et le Royaume – je crois néanmoins que ce changement est le signe d’une nouvelle orientation voulue par les Saoudiens.

– La volonté des fidèles était de voir nommer quelqu’un qui comprenne la culture des musulmans genevois. Or le nouveau directeur ne parle pas français!

– C’est vrai, c’est un handicap, mais il était difficile de trouver un homme du sérail qui parle notre langue. Le poste est à risques, et le casting a été compliqué. Cependant, le nouveau directeur sera épaulé par un Français d’origine mauritanienne, Mohamed Levrak, qui fera la passerelle.

Il faudra surtout observer de très près les nominations au sein du conseil de fondation, clé de voûte du système. C’est à cette occasion-là qu’on verra si ce désir de voir nommer des gens d’ici, et non pas envoyés de Riyad, de Djeddah ou de La Mecque, sera réalisé. De même pour les imams, puisque actuellement, il n’y en a plus qu’un. Il ne sera pas facile de trouver des imams qui correspondent aux nouvelles orientations. Mais je pense que le ton est donné.

– Comment expliquer cette nouvelle orientation saoudienne et, partant, de la LIM? Le salafisme, qui se répand en Europe, a crû dans le lit du wahhabisme…

– Le nouvel homme fort d’Arabie saoudite est un homme jeune, ambitieux, réformiste, qui veut restaurer l’image écornée du Royaume en raison de la propagation des idéologies radicales. Son objectif est de rassurer l’opinion internationale quant à la volonté neuve de l’Arabie saoudite de ne plus soutenir le salafisme. Il a donc commencé par nommer un nouveau secrétaire général de la LIM qui n’appartient pas à l’aile radicale. Mais il est vrai que les positions du prince ne reflètent pas toutes celles des membres de la famille royale.

Nous attendons tous maintenant de voir comment cette nouvelle orientation théologique et politique, vers un islam modéré, va se traduire. Ce qui est sûr, c’est que ce nouveau visage de l’Arabie saoudite a neutralisé le pouvoir de nuisance exercé par le clergé, aujourd’hui marginalisé. Et la mosquée de Genève se retrouve, malgré elle, au centre de la nouvelle donne géopolitique.

– On sent que vous placez beaucoup d’espoir dans ce changement.

– Oui, car on veut une institution qui fonctionne de manière transparente et ouverte et qui permette aux musulmans genevois de sortir des caves! J’espère que le conseil de fondation saura établir une gestion démocratique, à l’image de ce pays, capable de réagir aux doléances des Genevois.

– N’est-ce pas un peu tard?

– Le changement a tardé, car les dysfonctionnements structurels existaient depuis des années et la situation n’a cessé d’empirer. Il y avait une situation similaire en Belgique, à la mosquée de Bruxelles. Les autorités belges, alertées sur des prêches douteux et une fréquentation qui ne l’était pas moins, ont réagi de manière plus forte qu’à Genève. Une délégation a pris l’avion pour aller demander aux responsables des affaires étrangères et de la LIM d’intervenir. A ma connaissance, cela n’a pas été le cas pour la mosquée de Genève, laquelle était pourtant surveillée par de nombreux services de renseignements. Espérons pour les fidèles qu’elle endosse désormais une autre fonction que celle d’être un nid d’espions.

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