Radicalisme

«La mosquée de Prélaz était très opaque»

Le jeune Lausannois parti faire le djihad en Syrie fréquentait la mosquée de Prélaz à Lausanne. Celle où s’était tenue une prière de rue. Pascal Gemperli, président de l’Union vaudoise des associations musulmanes, réagit

Parmi les soldats de Daech en Syrie, on compte un Lausannois d’origine bosniaque, Ajdin B. Selon une enquête du Matin Dimanche, ce jeune secundo sans histoire fréquentait la mosquée Al Boukhari dans le quartier de Prélaz à Lausanne lorsqu’il s’engage en 2015. Or il s’agit précisément du centre islamique où une prière de rue avait suscité l’émoi l’été dernier. Et où les journalistes, des femmes, avaient été prises à partie par des fidèles radicaux dont certains étaient bosniaques, alors qu’elles interviewaient leur imam, Chaibi el-Adnani.

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l’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM), présidée par Pascal Gemperli, avait identifié des problèmes au sein de cette mosquée avant que les projecteurs ne soient braqués sur elle. Elle avait suspendu son affiliation à son organisation faîtière pour des raisons d’arriérés de cotisations et de problèmes dans la gestion associative.

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Le Temps: Le fait qu’Ajdin B. ait fréquenté cette mosquée de Prélaz vous a-t-il étonné?

Pascal Gemperli: Nous savions qu’un groupe, minoritaire, de Bosniaques posait problème. Et cette mosquée, avant qu’on s’en occupe, était très opaque. Comme personne ne se sentait responsable, l’espace était libre pour ceux qui veulent faire du mal. Mais on peut aussi imaginer que ce jeune fréquentait ce lieu tout simplement parce qu’il habitait ce quartier et que la mosquée n’a joué aucun rôle dans sa radicalisation. Difficile de connaître la vérité.

– Diriez-vous, comme la plupart des mosquées incriminées dans la radicalisation de jeunes, que ses dirigeants n’en sont pas responsables?

– Je ne peux pas exclure qu’ils aient laissé faire, ce qui implique une responsabilité. Peut-être avons-nous laissé trop longtemps cette situation pourrir et aurions-nous dû réagir plus tôt. Avant de décider de la suspension de cette mosquée, nous avions consulté les autorités, en 2016, pour savoir si elles avaient des informations sur des problèmes plus graves que la gestion et pour les consulter sur la manière de procéder. La suspension en est une conséquence.

– Ajdin B. n’est plus à Lausanne, mais le groupe de Bosniaques radicaux est toujours là. Que compte faire l’UVAM?

– Nous avons commencé à activer les acteurs concernés pour savoir quoi faire. L’UVAM poursuit une politique de zéro tolérance quant à tout ce qui pourrait contrevenir à la paix sociale et au respect des lois. Mais nous sommes un peu démunis. Si ces gens tiennent des discours rigoristes sans appel à la violence, il n’y a pas de raison de les exclure ou de les dénoncer. Nous devons composer avec la liberté de penser de chacun. La surveillance est du ressort de la police, qui en sait plus que nous.

En revanche, je suis d’avis que notre travail est d’accompagner les gens. Nous avons d’ailleurs mis sur pied des ateliers de citoyenneté par exemple. Mais les radicaux ne sont pas ouverts au travail social. Si Ajdin B. devait se repentir, j’aimerais qu’il participe à des ateliers où il pourrait témoigner, pour dissuader d’autres jeunes.

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