Lausanne

La mosquée de Prélaz a exclu des radicalisés

Il y a quelques mois, les responsables du lieu de culte ont appelé la police à la suite de l’agression d’un imam. Les deux fidèles en cause sont désormais interdits d’entrée. C’est dans cette mosquée aussi que le couple de djihadistes lausannois détenu en Syrie, et qui a témoigné depuis la prison, s’est radicalisé

On croyait la mosquée Al-Boukhari de Prélaz à Lausanne désormais hors des projecteurs. C’était compter sans le témoignage de ce couple lausannois d’origine bosniaque, interviewé par nos confrères du Tages-Anzeiger et de 20 minutes, détenu par des Kurdes dans deux prisons respectives en Syrie. A. B., nom de guerre Abu Wael al-Swissri, raconte s’être radicalisé au contact d’extrémistes bosniaques à la mosquée de Prélaz. Il est le second djihadiste à avoir fréquenté ce lieu de culte, avec le jeune Yverdonnois d’origine croate arrêté par la police française l’année dernière.

Et voilà qu’un nouvel élément vient de nouveau éclairer la mosquée de ce quartier. Il y a quelques mois, deux radicalisés ont été interdits d’entrée, a appris Le Temps. L’un est Bosniaque, l’autre Yéménite. Ce qui viendrait conforter la thèse d’un petit cercle balkanique radicalisé dans ce lieu. Un soupçon qui était apparu en 2016 déjà, alors qu’une prière de rue avait suscité la polémique. L’Union vaudoise des associations musulmanes (UVAM) avait alors pris l’affaire au sérieux, critiquant l’opacité de cette mosquée. D’autant plus qu’elle venait de la suspendre pour mauvaise gestion – pour cotisations impayées notamment. Depuis, l’UVAM a réintégré ce membre turbulent. Mais gestion saine ne rime manifestement pas avec fidèles modérés.

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Que s’est-il passé pour que des fidèles soient exclus de la mosquée? «Ces deux personnes ont agressé un imam pour l’empêcher de faire son prêche, explique Sandrine Ruiz, présidente de l’UVAM. Les responsables ont aussitôt appelé la police, qui a suggéré d’émettre une interdiction d’entrée à leur encontre.» La reprise en main de ce lieu de culte n’a donc pas eu pour effet de dissuader ses éléments radicaux, dont on ne connaît pas l’ampleur numérique. Selon nos informations, plusieurs personnes sont dans le viseur des autorités.

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Si une telle mesure d’interdiction de fidèles n’est pas banale, elle ne règle pas les problèmes pour autant. Car rien n’empêche les personnes interdites d’accès à un lieu d’aller ailleurs diffuser leur fanatisme. Raison pour laquelle l’UVAM souhaiterait pouvoir prendre davantage de responsabilités: «Nous aimerions pouvoir nous-mêmes formuler des interdictions de tous les centres, avance Sandrine Ruiz. Nous sommes en train de chercher la procédure juridique qui le permettrait. Car les mosquées peuvent hésiter à recourir à cette mesure, devant la peur de représailles par exemple.»

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Si Sandrine Ruiz estime qu’aujourd’hui la mosquée de Prélaz a retrouvé une certaine sérénité, elle concède «ne pas relâcher l’effort et continuer de collaborer avec les autorités et la police». Cette mosquée est-elle encore sous contrôle? «Nous sommes très attentifs à toutes les remontées d’informations, mais il n’est pas de notre rôle de désigner un lieu en particulier comme foyer d’éléments radicaux, répond Pierre-Antoine Hildbrand, municipal PLR chargé de la sécurité à Lausanne. Nul doute que le Service de renseignement de la Confédération s’en charge.»

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