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La mosquée An Nur, dans ce bâtiment de la zone industrielle de Winterthour, cristallise les soupçons depuis que deux jeunes qui la fréquentaient sont partis en Syrie, en 2014.
© WALTER BIERI

Islam

La mosquée de Winterthour doit fermer ses portes

La société immobilière qui loue les locaux de ce lieu de culte dans la zone industrielle de Winterthour a décidé de ne pas renouveler le bail de la mosquée An Nour

L’UDC de Winterthour réclamait la fermeture de mosquée An’Nour, au cœur des soupçons, en Suisse alémanique, de radicalisation. Ce lieu de culte devra bel et bien fermer ses portes à la fin de l'année, mais pas par décision politique. La société immobilière qui loue le local à l'association culturelle An’Nour, responsable de la salle, a décidé de ne pas renouveler son bail, révèle le «Tages-Anzeiger». Le propriétaire n’explique pas les motifs de sa décision.

Mais pour Atef Sahnoun, cela ne fait aucun doute: les médias et leurs «articles racoleurs» sont à l’origine de cette mise à la porte. «Nous n'avons jamais eu de problème avec la régie, nous avons toujours payé nos loyers à temps», explique l'ancien président de l'association, qui a quitté ses fonctions en janvier, mais conserve un rôle central dans la mosquée. L’organisation islamique cherche de nouveaux locaux en ville depuis qu'elle a su, au début de l'été, que son contrat ne serait pas renouvelé. En vain. 

L’accusation d’un père

La mosquée An’Nour, installée dans une zone industrielle de Winterthour, cristallise les tensions depuis décembre 2014, lorsqu’un père affligé révèle dans la presse turque le départ de ses deux enfants adolescents de Winterthour vers la Syrie, où ils auraient rejoint les rangs des combattants djihadistes. Les deux jeunes, entre-temps rentrés en Suisse, fréquentaient la mosquée An'Nour. Soupçonnés de violation de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaida et Etat islamique et de participation à une organisation criminelle, ils sont sous le coup d'une procédure. 

Lire aussi: Deux adolescents de Winterthour seraient partis faire le djihad en Syrie

Suivent d’autres cas suspects. Au moins huit jeunes de la région de Winterthour sont partis dans les zones de conflits, en Syrie ou en Irak, au cours des quatre dernières années, soit près de 10% de tous les départs de Suisse répertoriés par les Services de renseignements de la Confédération (77). Cinq d’entre eux auraient gravité autour de la mosquée An'Nour. L'une des figures centrales de ce petit groupe se trouve en ce moment en détention, accusé d'avoir participé à des combats en Syrie. Le jeune homme aurait entretenu des liens de confiance avec les responsables du lieu de culte. 

Lire aussi: Figure influente du milieu salafiste, l'«émir» de Winterthour reste en prison

Parmi ces derniers: l’imam Abu Mohammed, dont le rôle est pointé du doigt dans la radicalisation de fidèles. Des accusations que l’ancien président Atef Sahnoun rejette en bloc: «Je le connais depuis longtemps, c'est un homme bon», affirme-t-il. Le prédicateur a fini toutefois par quitter ses fonctions, devenues «trop lourdes», même s'il continue à diriger la prière, de temps à autre. Il a été remplacé par l’Egyptien Shaikh Wail, venu d'Italie.

Les douteux propos d’un prédicateur

Jusqu’à ce qu’une enquête de la «Sonntagszeitung», mi-octobre, place à nouveau la salle de prière sous les projecteurs. Le journaliste Shams Ul-Haq a visité à une douzaine de reprises des mosquées de Zurich, de Zoug et de Winterthour – dont celle d’An’Nour – lors des prières du vendredi, jour de grande fréquentation. Il rapporte de son enquête ces paroles de l’imam Shaikh Wail: «Un homme doit partir à la guerre. C’est son djihad. La femme, elle, doit rester à la maison, c'est son djihad à elle». Le prédicateur aurait aussi affirmé que «la loi islamique est au-dessus des lois des pays». Atef Sahnoun conteste les accusations d'appel au djihad: «Ce journaliste n'a aucune preuve de ce qu'il avance. De mon côté, je ne peux pas contrôler tout ce qu'il se dit dans la mosquée, nous sommes dans un pays libre». Depuis, l'imam Shaikh Wail a été destitué de ses fonctions, officiellement pour des raisons financières. Il est reparti en Italie.

La croisade de l’UDC

Mais pour l’UDC, une ligne rouge a été franchie. Daniel Oswald, qui siège sous les couleurs du parti au parlement zurichois, a réclamé mi-octobre la fermeture de la mosquée. Aux yeux de l’élu de Winterthour, le non-renouvellement du bail de la mosquée ne signifie pas la fin de l’histoire. «Rien ne les empêche de se réunir et de trouver un nouveau local. Nous disposons de la liberté de rassemblement et surtout de la liberté de religion, ce que je ne conteste pas. Mais nous attendons de la part des responsables de cette association qu'ils se distancient de l’Etat islamique. A ma connaissance, ils ne l’ont jamais fait clairement».

Pour le socialiste Blerim Bunjaku, très actif dans le débat politique à Winterthour autour de la mosquée, la ville doit «saisir l'occasion pour mettre à disposition des fidèles d'An'Nour un lieu de culte». Une manière à ses yeux de s'assurer que l'organisation islamique possède des finances saines et engage des imams modérés. La ville a mis sur pieds un bureau de prévention contre l'extrémisme et la violence, en fonction depuis le 1e octobre, avec comme objectif de mieux détecter les cas de radicalisation, en amont. Elle compte aussi engager, au sein de la police de la ville, une personne chargée des «relations interculturelles», dont le rôle est conçu comme celui de «constructeur de ponts».

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