Cinq heures d’écoutes, parfois inaudibles. La reprise du procès fut laborieuse. C’est d’abord la voix de la victime qui a résonné dans cette salle toujours bondée de la Cour d’assises. Au gré des morceaux choisis par la partie civile ou la défense, c’est un Edouard Stern amoureux, insistant, déçu ou haineux qui s’exprime. Extraits des innombrables messages laissés par le banquier sur le répondeur de sa maîtresse. Cécile B. a entendu en restant, pour une fois, de marbre: «Je te fais des gros câlins, mon ange. Vraiment, tu me manques.» «Je trouve ça vraiment dégoûtant. Je ne suis pas sûr que tu m’aimes. Je suis déçu, déçu, déçu.» Il pleure: «Je ne comprends pas du tout, je suis complètement perdu. Il faut que tu m’appelles, qu’on se parle un petit peu.» «Je vous aime, je suis tout triste de ne pas pouvoir me téléporter pour vous prendre dans mes bras pour la Saint-Valentin. Bisou, mon cœur.» «Je serai toujours là pour toi et je te demande d’être toujours là pour moi.»

L’amour, puis les insultes

Et dans un registre moins aimable: «Tu veux qu’on soit amis? Tu rêves complètement ma pauvre fille. Pour quelqu’un qui m’a trahi, je n’ai que du mépris et de la haine.» «Tu me débectes. Quand je pense que je t’ai aimée. Qu’est-ce que j’ai pu être con.» «Tu as eu mon amour, maintenant, tu as mon insulte.» «Je vomis sur toi, je te défèque dessus. Je t’emmerde et moi, je vais te faire du mal.» Et un peu plus tard, sur un tout autre ton: «On est des ânes, […] j’ai envie de te serrer contre mon cœur. Je suis tout triste de t’avoir perdue.»

A partir du 4 mars 2005, soit quelques jours après le meurtre, Cécile B. et son compagnon chiropraticien ont été placés sur écoute par le juge d’instruction. Certaines de ces longues conversations ont également été diffusées lors de l’audience. L’accusée, parfois avec beaucoup d’aplomb, y parle de son souci d’être suspectée, assure à tous ses amis qu’elle n’y est pour rien, lance de fausses pistes, évoque de nombreux ennemis. «Je suis persuadée que c’est une mise en scène. On l’a forcé à mettre cette combinaison en latex. Tout le monde – la moitié de Paris – savait qu’Edouard avait des mœurs bizarres.»

Et le million? Elle dit d’abord: «Je m’en branle du million, de toute façon il est bloqué.» Ensuite: «Edouard, mort ou pas, je l’aurais récupéré.» A son compagnon chiropraticien: «Tout se passe bien mon amour, je rentre à la maison. J’ai vu l’avocat (pour débloquer le million) et il est vraiment génial. Tout ira bien.» Elle s’inquiète aussi de l’avancement des travaux dans sa maison de Nanteuil. Le plafond, les volets. La vie continue. Enfin, Cécile B. disant à un proche de la victime: «Je ne supporterais pas qu’on m’enferme. Patrick Dils a bien passé 15 ans en prison pour un crime qu’il n’avait pas commis.»