A la tribune du Grand Conseil, les interventions dénonçant la propension du canton à «verser dans le Léman» sont fréquentes, mais au nord du col du Chalet-à-Gobet, on se montre moins revendicatif. «Avant ce projet de péréquation, on n'a jamais entendu des plaintes contre l'injustice de la situation, ou des réclamations contre les inégalités régionales» disent ensemble le syndic de Moudon Gilbert Gubler et son municipal des finances Pierre-André Nicod. Retenue, fierté, méfiance? Fatalisme plutôt: «C'est comme ça, c'est comme ça» lâche le syndic dans un haussement d'épaules qui rejette le passé, sans indifférence pour ce que l'avenir pourrait apporter. Car le «comme ça» du jour est tout de même peu enthousiasmant. Moudon est le chef-lieu du seul district vaudois dont toutes les communes (32) seraient bénéficiaires du nouveau système. Aucune d'entre elles n'est considérée comme actuellement favorisée.

La ville de Moudon elle-même a dû voici deux ans remonter son taux d'imposition de 105 à 110 centimes. Dans les chiffres rouges depuis le début de la décennie, elle doit aux impôts aléatoires d'avoir bouclé ses comptes 1998 avec un très léger bénéfice de 37 000 francs sur un total de charges de 16,7 millions, alors qu'un déficit de 330 000 francs était prévu. La cité a accumulé une dette de 33 millions, dont les intérêts lui mangent 850 000 francs par an, soit 11,5% du total des impôts qui ascendent à 7,5 millions de francs. Par habitant, le point d'impôt vaut ici 16,5 francs, loin de la moyenne cantonale qui se situe aux alentours de 24 francs. C'est dire que la perspective de recevoir 1,13 millions du futur fonds de péréquation est alléchante. La somme représente l'équivalent de 16 points d'impôt.

Quelle baisse?

Comment les autorités envisagent-elles d'utiliser la manne? «Il faudra réfléchir». Fleuriste, Gilbert Gubler a la prudence terrienne et n'annonce pas des lendemains qui chantent. Il souligne l'évidence: «Le fonds est là pour atténuer les disparités, ce qui signifie que la charge fiscale doit diminuer.» Pas question d'être plus précis pour l'instant. Formellement, Moudon souhaite rester à parité avec Lucens, sa voisine et la seule autre grande commune du district avec ses 2100 habitants. La barrière psychologique des 100 centimes titille, mais n'est pas évoquée. Autre piste: «La commune doit aussi pouvoir en profiter pour souffler et rattraper son retard.» Avec un taux de chômage qui a dépassé 10%, surtout à cause de l'effondrement du bâtiment, Moudon a souffert de la crise, même si ce sont les infrastructures invisibles comme les conduites souterraines, qui en ont fait les frais. La Grande salle, au contraire, a été rénovée. La Ville ne veut pas se dire étranglée, se satisfait d'envisager le retour aux effectifs complets dans tous ses services, et se réjouit de penser servir des subsides plus étoffés à ses sociétés locales: «C'est un facteur d'intégration auquel on tient.»

Centre agricole misant sur la formation, industrielle sans excès, soulagée d'avoir vu la vie de sa fonderie sauvée, Moudon rêve modestement de quelques PME supplémentaires: «On devrait au moins cesser de nous ressasser qu'on a des impôts trop haut» espère Gilbert Gübler. La question de savoir si cela suffira à populariser la Broye reste ouverte.

L. B.

Demain: une ville qui y perd, Pully.