Syndic de Moudon et candidat au Conseil national sur la liste radicale, Gilbert Gubler n'a jamais caché les raisons qui le poussent à briguer un mandat au plan fédéral. Défendre sa cité, mise à l'écart des grands axes autoroutiers, et obtenir pour elle de nouvelles perspectives de développement. Un travail de lobbying payant avant même que le syndic ne devienne éventuellement l'un des 17 parlementaires vaudois au Conseil national: Moudon a obtenu de l'Etat d'être le siège du futur Office cantonal du registre du commerce, qui sera opérationnel en octobre 2000.

Le canton a décidé en juin de moderniser cet office, dont les données seront informatisées et centralisées. Il était temps. Vaud est l'un des derniers cantons de Suisse à obliger un usager à chercher un renseignement sur une entreprise dont il ne connaît pas l'adresse exacte dans les 19 registres que compte le canton. Le développement des systèmes de communication permettra donc aux usagers d'avoir accès aux données du Registre du commerce centralisé à Moudon depuis n'importe quel district, le Conseil d'Etat estimant que 10 à 15% seulement de l'activité du futur office nécessitera un déplacement physique dans la cité broyarde.

Pour Moudon, cette décision intervient comme un soulagement dans un contexte qui reste difficile. Les menaces qui planent sur l'avenir de l'hôpital dans le cadre de la planification sanitaire continuent d'exister. Et l'échec de la candidature de la ville pour le siège de l'Union cycliste internationale et la construction d'un vélodrome, Moudon ayant été supplanté par Aigle, a été durement ressenti dans la région. Outre la création de quelque 40 emplois, les Moudonnois espéraient changer leur image en devenant la capitale internationale du cyclisme.

Désormais, avec le registre du commerce, c'est seize emplois qui seront créés. Ce n'est évidemment pas suffisant pour soulager un district qui compte avec 500 personnes sans emploi un taux de chômage proche de 10%. Mais c'est une première victoire de la stratégie volontariste de la municipalité de Moudon pour renouveler son tissu économique.

A l'entrée de la cité, les automobilistes sont accueillis par des grands panneaux les informant que Moudon dispose de milliers de mètres carrés de terrains industriels équipés. Et la ville a publié cet été un dépliant touristique où elle vante ses qualités et tente de tordre le cou à quelques préjugés tenaces, comme son climat prétendument défavorable. Statistiques météorologiques à l'appui, Moudon se défend d'être un trou à brouillard et explique que la différence d'ensoleillement par rapport à Lausanne n'est que de dix jours sur l'année, qui se marque essentiellement en hiver.

Sera-ce suffisant pour remonter le courant? Le député Eric Golaz, président du groupe radical, en doute. Il en a fait l'expérience lors des discussions sur la réorganisation judiciaire en cours dans le canton, qui prévoit le remplacement de tribunaux de district actuels par quatre tribunaux d'arrondissement, à Vevey, Nyon, Yverdon et Lausanne. Suggérant de créer un 5e tribunal dans la Broye, Eric Golaz a certes obtenu le soutien enthousiaste de la municipalité de Moudon, mais pas celui de Payerne, ni celui d'Avenches. Avec l'achèvement de l'autoroute Yverdon-Morat en 2001, ces deux cités seront en effet plus proches d'Yverdon que de Moudon. Elles n'avaient donc aucun intérêt à soutenir la création d'un tribunal à Moudon.

Au sein de la commission, Eric Golaz reconnaît s'être retrouvé seul à défendre sa proposition, «une situation exceptionnelle pour un radical», commente-t-il avec le sourire aujourd'hui.

Mais, au-delà de l'anecdote, le constat que fait le député est sans appel. Les Moudonnois ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour assurer leur avenir. Et l'entité Broye n'existe plus, ayant explosé avec la perspective de l'achèvement de l'autoroute.