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Les militants pro-jurassiens fêtent la victoire du «Oui» en marchant lors d’un cortège en direction de l’Hôtel de ville ce dimanche 18 juin 2017 à Moutier.
© JEAN-CHRISTOPHE BOTT/KEYSTONE

Votation

Moutier épouse le Jura

A une majorité de 52%, la cité prévôtoise a opté pour le rattachement au canton du Jura. Mais elle est coupée en deux et devra cicatriser ses plaies

Au terme d’un suspense insoutenable, après un recomptage partiel des voix, la commune de Moutier a décidé de se rattacher au canton du Jura à une petite majorité de 51,72%. Après avoir été la seule commune du Jura bernois à vouloir se séparer de Berne le 24 novembre 2013, elle a confirmé ce vote. Le «oui pour voir» de l’époque s’est transformé en «oui pour la vie». Mais la majorité des séparatistes a faibli, passant de 389 à 137 voix. Autant dire que la capitale prévôtoise est coupée en deux.

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La démocratie, premier vainqueur de ce scrutin

Le premier vainqueur de ce scrutin, c’est pourtant la démocratie. Jamais dans l’histoire suisse, les organisateurs d’un scrutin – en l’occurrence la Confédération, le canton de Berne et la commune de Moutier – n’avaient pris des dispositions aussi strictes pour assurer le déroulement régulier d’une votation. C’est ainsi que le vote par correspondance a été envoyé exceptionnellement à l’Office fédéral de la justice (OFJ), qui a amené les urnes plombées ce matin au local de dépouillement, à la Sociét’Halle, où siège le Conseil de Ville. Les EMS et l’hôpital ont été priés d’éviter toute utilisation abusive du matériel de vote.

Notre chronologie illustrée: La Question jurassienne, de 1947 à 2017

Ce n’est pas tout: alors que les premiers recours tombaient en cours de semaine, l’OFJ a demandé aux autorités communales de renforcer encore les contrôles. En toute dernière minute, l’OFJ a mobilisé dix collaborateurs supplémentaires qui ont vérifié toutes les cartes de légitimation sur la base d’une liste de référence transmise par les autorités prévôtoises samedi seulement.

Marcel Winistoerfer mise sur l’apaisement

Probablement que ces mesures de sécurité exceptionnelles ont apaisé les deux camps, qui étaient d’accord sur ce point: la campagne a été correcte, dénuée de tout débordement grave malgré quelques dérapages verbaux. Au centre de Moutier, la situation est restée calme et la police, discrète. Rien à voir avec les cordons de grenadiers des années de braise de la Question jurassienne lors de la cascade de plébiscites de 1974 et 1975 notamment.

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Le résultat est logique, somme toute. Depuis 1982, la commune est en mains des séparatistes, qui y disposent d’une majorité de 60% au parlement et même des deux tiers (6 sièges sur 9) au Conseil municipal. Mais la majorité étriquée des séparatistes montre qu’une partie de ses propres sympathisants a hésité à passer des fiançailles au mariage avec le Jura.

Tout au long de la journée, le maire autonomiste Marcel Winistoerfer s’est montré confiant, au point de passer toute la matinée à la piscine avant de rejoindre le local de dépouillement vers 14h seulement. A l’annonce du résultat du scrutin, il a fait preuve d’optimisme, s’employant à rassurer l’importante minorité antiséparatiste. «Nous allons les convaincre que la vie est plus belle dans le canton du Jura et les inciter à participer avec un esprit positif à ce projet de rattachement.»

Une «catastrophe» pour les antiséparatistes

Côté antiséparatiste, c’était la désolation. Le matin déjà, alors qu’il préparait le fief de son camp dans l’immense salle d’exposition au Forum de l’arc, Patrick Tobler, président de l’UDC du Jura bernois, semblait pressentir la défaite. «On est tendus comme un cul-de-poule», confiait-il. A l’annonce des résultats, il était effondré. «C’est une catastrophe.» Il craignait le pire, notamment pour le sort de l’Hôpital du Jura bernois, le plus grand pourvoyeur d’emplois (330) de la ville, actuellement un établissement de soins aigus à la situation financière saine. «Regardez ce bel hôpital. Dans 20 ans, il sera rayé de la carte hospitalière.»

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Des déclarations qui font rugir le maire Marcel Winistoerfer. «Nous ne craignons jamais rien, ici. La ville connaîtra un boom. En ce qui concerne l’hôpital, j’espère que le canton de Berne nous aidera à trouver des solutions une fois que les émotions seront retombées.»

Cicatriser les plaies

En ce 18 juin, la ville de Moutier est coupée en deux. Reste désormais à cicatriser les plaies. Beaucoup de choses dépendront du camp autonomiste. Les plus modérés admettaient que ce vote marque la fin de la Question jurassienne sur le plan institutionnel. L’Assemblée interjurassienne, qui a permis ce scrutin, sera dissoute en novembre prochain. Mais les anciens combattants du combat autonomiste, comme le conseiller national Pierre-Alain Fridez, se montraient toujours aussi combatifs. «Le verrou de Moutier a sauté. Aujourd’hui, ce n’est pas la fin de la Question jurassienne.»

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