question jurassienne

Moutier a fixé la date de son vote d’autodétermination: le 18 juin 2017

La ville aux velléités autonomistes, dont une majorité de 54% a souhaité, en novembre 2013, passer du canton de Berne à celui du Jura, a choisi le parlement jurassien à Delémont pour annoncer ses intentions

S’il a indigné les partisans du transfert de Moutier du canton de Berne à celui du Jura, le diktat politicien de la majorité bourgeoise du Grand Conseil bernois voulant imposer un scrutin sur un seul jour aux communes autonomistes du Jura bernois n’a aucunement contrecarré les plans séparatistes. La ville à majorité autonomiste de Moutier (54% en 2013) a choisi le chef-lieu de ce qui pourrait être son canton d’accueil, Delémont, pour annoncer qu’elle votera sur son appartenance cantonale dans deux ans, le 18 juin 2017.

Comme un pied-de-nez au parlement bernois qui les a éconduites, l’annonce des autorités prévôtoises a été faite à la tribune du parlement jurassien, ce mercredi, lors du débat annuel habituel sur la Question jurassienne. L’observateur de Moutier, Pierre Corfu, a insisté sur l’autonomie communale, «principe sacré à nos yeux que nous n’entendons pas laisser piétiner». Et d’affirmer, solennellement, que «ces prochains jours, le Conseil municipal (de Moutier, ndlr) va souverainement décider de la date à laquelle il entend consulter la population de Moutier». Et d’énoncer le 18 juin 2017.

Scrutin communaliste en un ou deux temps

Il a insisté sur l’exigence de la ville, partagée par les gouvernements bernois et jurassien, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga et le Conseil du Jura bernois, d’avoir un «scrutin en deux temps», selon la formule du ministre bernois Philippe Perrenoud: Moutier vote d’abord, le 18 juin 2017, puis les communes de sa couronne, en connaissance de cause, comme Belprahon et Grandval qui ont en fait la demande, dans les six mois qui suivent. Pas question d’un vote simultané comme l’a pourtant décrété le Grand Conseil bernois, qui devra confirmer ou corriger son option en janvier 2016, lorsqu’il examinera la loi spéciale concernant l’appartenance cantonale des communes du Jura bernois.

«Si nous n’obtenons pas gain de cause, alors nous engagerons une procédure juridique auprès du Tribunal fédéral», a menacé Pierre Corfu, ajoutant que «le Conseil municipal n’organisera pas une votation dont les conditions lui disconviennent».

Moutier satisfaite de l’offre jurassienne

Moutier a par ailleurs donné son appréciation sur «l’offre» faite par le canton du Jura. Ce n’est pas la corbeille de la mariée appelée pourtant de certains vœux. Or, les autorités de Moutier se disent très satisfaites de voir le Jura être disposé à appliquer à Moutier, les mêmes faveurs qu’à toute autre commune d’une telle importance, en matière de développement économique, de développement territorial, d’implantations de services administratifs.

Avec tout de même un privilège institutionnel: Moutier et d’éventuelles communes voisines qui choisiraient en 2017 d’intégrer le canton du Jura pourraient constituer, durant une période transitoire, une circonscription électorale particulière.

Geste d’accueil fraternel

«Le ton et le contenu du rapport gouvernemental jurassien prolongent le geste d’accueil fraternel exprimé par les Jurassiens lors du vote du 24 novembre 2013», a encore dit Pierre Corfu, rappelant que le corps électoral du canton du Jura avait en la circonstance, à plus de 70%, accepté de remettre sa souveraineté cantonale en question pour constituer un nouveau canton avec le Jura bernois.

L’éventuel transfert de Moutier ne provoquera pas de refonte fondamentale de la Constitution jurassienne. «Le transfert de la commune de Moutier dans le canton du Jura devra être conçu de façon à apporter, globalement et à moyen terme, un bénéfice réciproque aux deux parties et insuffler une dynamique à la terre jurassienne», écrit le gouvernement jurassien. Si Moutier devait intégrer le canton du Jura, la population du dernier-né des cantons augmenterait de 10%, de 72 500 à quelque 80 000 habitants.

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