«Moutier n’est pas encore jurassienne, mais elle n’est plus bernoise»

Le Temps: Faut-il déduire du vote du Jura bernois de ce dimanche qu’un Jura réunifié de Boncourt à La Neuveville ne se fera jamais?

Maxime Zuber: A vues humaines, l’ampleur du score étant telle, je vois mal qu’on remette l’ouvrage sur le métier pour aboutir à un résultat positif. Les Jurassiens bernois se sont clairement exprimés sur le fond et pas sur le processus proposé. Ils ont exprimé une volonté d’appartenance au canton de Berne.

– Comment expliquer que les Jurassiens bernois aient refusé de discuter avec les Jurassiens du canton, avec la possibilité de refuser au final le projet de nouveau canton?

– Une partie importante de la population du Jura bernois se sent indéfectiblement bernoise. Une autre partie a le sentiment d’être protégée dans le canton de Berne, à tort à mon sens. Il est probable qu’une majorité aime Berne à en mourir. Si le rouleau compresseur des économies ne les inquiète pas, c’est leur choix. Il faut en prendre acte. On ne peut pas vouloir le bien des gens malgré eux.

– Les Jurassiens bernois ont-ils également dit qu’ils haïssent le canton du Jura?

– Peut-être, mais je n’en connais pas l’origine. Je peine à voir ce que les Jurassiens du Sud pourraient nourrir comme sentiment négatif à l’égard de leurs voisins du Nord, compte tenu des nombreux échanges qui existent entre les deux Juras.

– Moutier a-t-elle opté pour le Jura aujourd’hui?

– Si on considère que les Jurassiens bernois se sont prononcés sur le fond de leur appartenance cantonale, tel est également le cas à Moutier. Ce d’autant que moins de 45% des votants prévôtois ont suivi le mot d’ordre des loyalistes appelant à voter non pour éviter la solution communaliste.

– Le maire autonomiste de Moutier que vous êtes est-il heureux?

– Non, parce que je préconisais un oui global dans le Jura bernois. Mais en tant que maire, voir que pour la première fois cette ville vote oui, c’est très positif. Je retiens que Moutier n’est pas encore jurassienne, mais elle n’est plus bernoise.

– 55% de oui, n’est-ce pas trop peu pour changer de canton?

– Non, c’est une majorité claire. C’est vrai que ce n’était pas un vote pour changer de canton. Organiser sans délai un nouveau scrutin pour le transfert cantonal ne serait pas judicieux, avec le risque de voter la tête dans un sac. Il s’agit d’ouvrir un processus, pas tant dans le cadre bernois, encore que juridiquement ce soit nécessaire, mais entre Moutier, éventuellement ses communes voisines, et le canton de Jura, pour préciser les conditions de l’accueil. Peut-être pourrait-on envisager la constitution d’un district de Moutier dans le canton du Jura.

– Quand et comment la ville de Moutier manifestera-t-elle officiellement son intention de changer de canton?

– L’exécutif de Moutier pourrait déposer sa demande de transfert demain matin. Mais ce n’est pas la meilleure solution. Il vaut mieux entrer dans un processus de discussion avec le canton du Jura, où une large majorité a décidé, et c’est tout à fait remarquable, d’accueillir tout ou partie du Jura bernois. C’est sur cette base qu’il faut construire notre transfert.

– Attendez-vous une offre particulière du canton du Jura?

– Je ne pense pas qu’en l’état, le gouvernement jurassien ait à présenter une offre à Moutier, alors qu’il n’est pas saisi d’une demande. Il doit montrer sa disposition à accueillir une commune qui en ferait la demande et j’ai entendu qu’il y est disposé.

– Est-ce que le fait que les petites communes voisines de Moutier ne veulent pas changer de canton est un souci pour vous?

– C’est avant tout le problème de ces communes. Si elles avaient voulu préserver le lien avec Moutier, elles savaient qu’elles devaient voter oui. Ce sont elles qui ont pris le risque de l’éclatement de la Prévôté.

– A quand la ville de Moutier, commune du canton du Jura?

– Je n’en sais rien. J’ai plusieurs fois évoqué la date du 7 septembre 2015 pour le vote décisif, quarante ans après celui de 1975 lorsque Moutier a choisi de rester bernoise. C’est peut-être une bonne échéance.