Question jurassienne

Moutier se dirige vers un nouveau vote

Le camp autonomiste a décidé de ne pas recourir au Tribunal fédéral contre l’annulation par la justice bernoise de la votation de 2017 sur le transfert de la ville dans le canton du Jura. Mobilisé comme jamais, il milite pour la tenue rapide d’un nouveau scrutin. Des questions restent néanmoins en suspens

Le vote de Moutier du 18 juin 2017 va sans doute être définitivement annulé. Réunis jeudi soir, les sympathisants autonomistes de la cité prévôtoise ont finalement choisi, à une écrasante majorité de 95,7% (par 399 voix contre 18, et 3 blancs), de ne pas recourir au Tribunal fédéral contre la décision du Tribunal administratif du canton de Berne et de s’engager pour la tenue rapide d’un second vote sur le transfert de la ville dans le canton du Jura. La décision de l’assemblée demeure consultative, mais elle devrait être largement suivie par les différents acteurs du mouvement.

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Une issue qui satisfait pleinement Valentin Zuber, porte-parole de Moutier ville jurassienne: «Il fallait que l’une des deux options, recourir ou revoter, l’emporte clairement pour donner un signal clair.» Il se félicite en particulier de la forte participation. Ainsi, des chaises ont dû être rajoutées dans le lieu du rassemblement et des bulletins de vote supplémentaires ont dû être imprimés. «On a senti une belle énergie et l’assurance que nous l’emporterons à nouveau dans les urnes», précise encore Valentin Zuber.

Si le résultat est particulièrement net, il reste une relative surprise. Dès les premières contestations du vote de juin 2017, il a longtemps été une évidence pour beaucoup que l’affaire serait au final tranchée devant le Tribunal fédéral. Les autonomistes y investissaient d’ailleurs beaucoup d’espoir, persuadés qu’une instance «neutre» leur serait plus favorable qu’une justice bernoise, forcément partisane à leurs yeux.

Mais voilà, depuis la décision du Tribunal administratif du canton de Berne, tombée le 29 août dernier et confirmant l’annulation du scrutin, le vent a tourné. Les juges ont pointé du doigt de «graves violations du droit» commises par la commune de Moutier, l’organisatrice du scrutin. Et tous les avis de droit demandés par les pro-jurassiens concluaient à une faible chance de l’emporter devant les juges de Mon-Repos, en particulier sur la question de l’extension des possibilités de vote par correspondance finalement non conformes au règlement communal.

«La campagne commence!»

Pour Laurent Coste, le directeur de campagne de Moutier ville jurassienne, le renoncement à recourir ne résonne néanmoins pas comme un aveu de faiblesse. «Il y a eu certaines maladresses, mais aucune volonté de tricher», plaide-t-il. Surtout, à ses yeux, une procédure au Tribunal fédéral aurait imposé un nouveau délai, ce qui aurait renforcé l’incertitude et les tensions. Le camp pro-jurassien veut surtout profiter de l’actuelle mobilisation des militants et ne pas la laisser s’essouffler. «La campagne commence!» a d’ailleurs martelé Laurent Coste jeudi soir, sous les acclamations de l’assemblée.

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Les autonomistes espèrent pouvoir revoter en juin 2020 déjà, dans l’idéal. «Selon la loi, la commune de Moutier est tout à fait compétente pour fixer la date», relève Valentin Zuber. Il rappelle la position de la Tripartite (instance qui réunit les cantons du Jura et de Berne, ainsi que la Confédération), favorable à la tenue d’un second vote rapidement, en cas de nouveau scrutin. Le son de cloche est évidemment très différent dans le camp des pro-bernois. «Il est totalement utopique de penser que l’on pourra revoter aussi vite», assure Morena Pozner, la porte-parole du comité anti-séparatiste Moutier-Prévôté.

Appel à la Confédération

Si elle ne souhaite pas prendre position officiellement avant la réunion de son comité, Marina Pozner rappelle qu’il y a beaucoup de points à régler. La confiance est rompue et la socialiste voit mal les autorités communales, «responsables du fiasco», organiser le nouveau vote: «Quelle que soit la manière dont les autonomistes présentent la chose, le fait qu’ils craignent le verdict du Tribunal fédéral est un aveu que la tricherie, sanctionnée par la justice bernoise, était réelle.»

Les deux camps s’accordent néanmoins sur une chose: la Confédération, par l’entremise de l’Office fédéral de la justice, devra s’investir davantage dans la future votation, afin que son résultat soit cette fois incontestable.

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