Le Temps: Comment s'explique selon vous le fait que la croissance de la population des agglomérations prenne le dessus sur celle des campagnes?

Antonio Cunha: Ce phénomène était tout à fait prévisible. Depuis une quinzaine d'année, on assiste à une reconcentration des activités économiques les plus performantes dans les centres urbains. Cela est lié au processus de globalisation et aux exigences de ces nouvelles activités, notamment en terme de qualifications: elles ont besoin de gens aux spécialisations de plus en plus diversifiées. De ce fait, les bassins autour des villes se renforcent. Leur champ d'attraction augmente, comme en témoigne la pendularisation. Parallèlement, les zones péri-urbaines, malgré l'attrait de la vie «au vert», sont devenues de moins en moins accessibles: la chute du pouvoir d'achat y est pour quelque chose. Quant aux petites villes, elles souffrent aussi de cette «métropolisation»: durant les 20 dernières années, la moitié des emplois créés l'ont été dans les cinq principales agglomérations du pays. Les mêmes éléments ont été observés dans d'autres pays, notamment en France, à une différence près: l'étalement des agglomérations que permet la taille du territoire.

– Et comment expliquez-vous que les centres-villes perdent au profit de leurs agglomérations?

– Ce phénomène va de pair avec l'autre. D'une part, le secteur tertiaire s'installant de plus en plus dans les centres, les prix montent et la population s'en va vers la périphérie, plus abordable. Ensuite, l'absence de solidarité entre les communes des agglomérations et les centres concernant les infrastructures – dont les transports publics –, les prélèvements fiscaux élevés que cela implique dans les centres, contribuent à ce phénomène. Enfin, les logements de type studios aménagés en surnombre avec l'augmentation des divorces, la raréfaction des emplois, l'arrivée de femmes en nombre dans la population active aussi, ne correspondent plus aux besoins de la population. Raison de plus de se détourner des centres-villes.

– Autrement dit, la récession a joué un rôle important dans ces deux processus. Est-ce à dire qu'avec la reprise, l'évolution pourrait s'inverser?

– Non. La crise a effectivement été un élément, mais pas le plus important. La dynamique économique que j'ai décrite est la principale explication du paysage actuel. Et le mouvement de reconcentration va se poursuivre, j'en suis persuadé.