Djihadisme

Le MPC ouvre une procédure pénale contre un membre du comité directeur du CCIS

La procédure vise Naïm Cherni, un membre allemand du Conseil central islamique suisse. Auteur d'interviews vidéo de mentors du djihad, il est soupçonné de propagande en faveur du front al-Nosra, soutien d'Al-Qaïda

L'étau se resserre autour du Conseil central islamique suisse, dirigé par le controversé Nicolas Blancho. Le Ministère public de la Confédération (MPC) a annoncé samedi avoir ouvert une procédure pénale contre un membre allemand du comité directeur du CCIS. Il est soupçonné de propagande en faveur de groupes terroristes, notamment Al-Qaïda.

La procédure, menée avec le soutien de l’Office fédéral de la police (fedpol), est aussi ouverte contre inconnu, précise le communiqué. Les soupçons portent sur une violation de l’article 2 de la loi fédérale interdisant les groupes Al-Qaïda et Etat islamique et les organisations apparentées.

Il est reproché à ce citoyen allemand d’avoir «représenté de façon propagandiste dans une vidéo son voyage dans des zones de conflit en Syrie, sans se distancer explicitement des activités d'Al-Qaïda dans ce pays». On reproche au prévenu d’avoir interviewé un leader de l’organisation Jaysh al-Fath (Armée de la conquête), à laquelle appartient également la branche syrienne d’Al-Qaïda Jabhat al-Nosra.

Le MPC ne cite pas le nom de cette personne. Mais il s'agit en fait de Naïm Cherni, 24 ans, dont une vidéo décriée avait fait parler d'elle fin novembre. Dans cette vidéo diffusée sur YouTube, il filme sa rencontre, près d'Idleb, avec Abdallah al-Muhaysini, maître à penser du Front al-Nosra. Contactée, la porte-parole du MPC, Walburga Bur, refuse de confirmer l'identité de la personne visée. 

De curieux voyages en Syrie

Naim Cherni n'en est pas à son premier fait d'arme. Lors d'une enquête publiée en novembre 2013 sur les djihadistes suisses, «Le Temps» avait déjà évoqué un curieux voyage de Naim Cherni en Syrie. Le secrétaire général du CCIS, de mère allemande et de père tunisien, se mettait alors en scène avec des chefs d’Ahrar al-Cham. 

Dans une photo mise en ligne le 5 novembre 2013 sur le site du CCIS, on le voit, flanqué de deux rebelles, la main sur le corps d’un gros bouc à terre, avec la mention: «Naim Cherni se promène en ce moment en Syrie et distribue les généreux dons à nos frères et sœurs dans le besoin.» Dans une vidéo, où il s’exprime en dialecte bernois, il montre des endroits touchés par des attentats, se filme dans un cimetière ou avec un casque d’un soldat de Bachar el-Assad à la main (qu’il a ramené en Suisse). 

Conférence de presse du CCIS lundi à Berne

Mais surtout, son documentaire le montre avec des représentants de Ahrar alCham, groupe djihadiste allié à Jabhat al-Nosra, qu’il interviewe. Le 9 octobre 2013, il avait par ailleurs posté sur son profil Facebook une photo d’un drapeau de l’Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL), depuis Raqqa, tout en assurant n'avoir pas pris les armes. Pour lui, il ne s'agissait que d'un voyage humanitaire.

Contacté par «Le Temps», Qaasim Illi, le bras droit de Nicolas Blancho, précise que le CCIS ne prend pas position sur l'affaire ce samedi, mais qu'une conférence de presse sera tenue lundi matin à Berne, dont le lieu ne sera révélé qu'une fois les accréditations reçues. Il précise que Naim Cherni sera présent pour répondre directement aux soupçons qui pèsent sur lui.

Actuellement, 46 procédures pénales liées à la thématique du terrorisme motivé par le djihadisme sont pendantes devant le MPC. Il s’agit principalement de soupçons de soutien à des organisations terroristes par le biais de la propagande. 

L'annonce de cette nouvelle procédure, pourtant déjà ouverte le 9 décembre, intervient au lendemain de la décision du Conseil fédéral de créer 86 nouveaux postes pour lutter contre le terrorisme. 

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