La mue délicate de l’ancien parti majoritaire

Valais Le PDCa nommé mardi soir un trio présidentiel déterminé

Affaibli et déchiré, le parti doitse redéfinirdans un contextepluripartite nouveau

Il y a bientôt une année, le PDC valaisan perdait sa majorité au parlement. Il apparaît aujour­d’hui affaibli électoralement et économiquement, déchiré entre différents courants. Après cinq mois de présidence par intérim dans un contexte politique difficile, empêtré dans différentes affaires fiscales qui éclaboussent son ministre Maurice Tornay, le parti a nommé mardi soir un nouveau trio présidentiel et renouvelé la moitié de son comité directeur. Il y intègre des femmes et davantage de jeunes, avec le projet de redéfinir ses valeurs et sa manière de faire de la politique. «Le monde a changé», dit-on dans l’assemblée en regrettant l’avènement d’une «politique spectacle».

Serge Métrailler, qui était jusque-là vice-président du parti, prend la tête de la formation. As de l’informatique et des prévisions électorales, ce trentenaire travaille pour l’administration communale de Nendaz. A ses ­côtés, Marianne Maret, ancienne présidente de Troistorrents et ancienne présidente de la Fédération des communes valaisannes, incarne l’argument féminin qui manque au parti et celui des communes de montagne où le PDC conserve beaucoup de son influence. Benjamin Roduit, recteur du Collège des Creusets, représente la plaine urbaine et intellectuelle. A ce tableau manque une figure de l’aile gauche du parti, déplore au micro un membre de l’assemblée.

«Le travail à accomplir est immense», déclare Serge Métrailler devant les 500 membres présents. Au sein du parti, on ne cache pas qu’il y a une certaine urgence à sauver ce qui peut encore l’être. «Après le choc des dernières élections, le parti doit se reconstruire», estime le conseiller national valaisan Yannick Buttet. Depuis la perte de la majorité, le PDC vote souvent de manière disparate au parlement valaisan. Autrefois unis par le pouvoir du nombre, les différents groupes PDC appuient parfois l’UDC, parfois le PLR dans un certain désordre opportuniste. «Le parti doit apprendre une démocratie nouvelle, faite d’alliances et de valeurs claires», estime Vincent Pellissier, membre démissionnaire du comité directeur du PDC et conseiller municipal sédunois. Il raconte avoir passé ces derniers mois à rencontrer la base du parti afin d’adapter les structures politiques au terrain. «Nous avons travaillé selon cinq axes qui donnent naissance à cinq commissions, explique-t-il. La première devra redéfinir nos valeurs.» Les autres se chargeront de la communication, des finances, de la stratégie et de la gestion de la relève.

Mais il n’est pas certain que ces clarifications lèvent le voile sur les influences intestines et opaques du PDC. L’absence de mot d’ordre pour la votation sur le financement de l’avortement trahit les tensions entre une branche très catholique, opposée à l’avortement, et une aile plus modérée. «Le positionnement du parti n’est pas clair, en particulier en ce qui concerne son «C» de chrétien», ­lâche Serge Métrailler à l’assemblée, dans un discours neuf et volontariste. «En réalité, cette aile très à droite a déjà quitté nos rangs, estime Vincent Pellissier. Cela a des conséquences financières puisque d’importants acteurs économiques soutiennent dorénavant l’UDC», poursuit-il. C’est notamment le cas de certains adeptes d’Ecône, selon plusieurs observateurs politiques. «Le PDC doit aujourd’hui défendre à nouveau les entreprises qui constituent le tissu essentiel du canton et remettre l’économie au cœur de ses préoccupations», dit Vincent Pellissier.

A l’intérieur du parti, certains estiment sous le couvert de l’anonymat qu’«il n’y aura pas de renouveau si le PDC ne se détache pas du lobby de la construction». En interview à la télévision régionale en septembre dernier le président déchu, Michel Rothen, parlait de «putsch». Derrière son éviction, il y aurait le mécontentement de l’aile conservatrice du PDC, incarnée par le promoteur immobilier Jean-Marie Fournier. «Nous devons combattre cette image d’un parti en proie à des luttes intestines pour des bénéfices personnels», avertit Serge Métrailler.

«Jean-Marie Fournier n’a pas plus d’influence que d’autres entrepreneurs ou anciens élus», conteste Yannick Buttet. «Son influence sur le parti est un mythe alimenté par nos adversaires politiques, ajoute Vincent Pellissier. Jean-Marie Fournier est un membre actif dans une activité essentielle pour notre canton, le tourisme. Et 40 000 emplois pour le Valais, le PDC estime que c’est important d’en tenir compte», poursuit-il, non sans ambivalence. «Les adversaires d’hier me soutiennent désormais», déclarait Christophe Darbellay en décembre. Il répondait à une question sur son éviction par Jean-Marie Fournier lors de l’élection au Conseil d’Etat en 2009. Candidat déclaré au Conseil d’Etat pour 2017, Christophe Darbellay semble avoir retenu la leçon: pour être élu, mieux vaut être dans les bonnes grâces de certains réseaux.

«Le positionnementdu parti n’est pas clair, en particulier en ce qui concerne son «C»de chrétien»