«Trois, deux, un: OFF.» A l’issue d’une copieuse cérémonie, l’entreprise des Forces motrices bernoises (BKW) a tiré ce vendredi un trait définitif sur l’exploitation de la centrale nucléaire de Mühleberg. Première du genre en Suisse, l’opération a réuni un millier d’invités et bon nombre de médias internationaux.

Après quarante-sept ans de fission, l’antique structure n’a cependant pas fini de faire parler d’elle. Une nouvelle aventure l’attend: son démantèlement. Complexe et dispendieuse, l’opération, entièrement à la charge de l’entreprise, devrait s’étaler sur une quinzaine d’années pour un coût final de près de 3 milliards de francs, dont la moitié couvrira les coûts de gestion des déchets radioactifs. Reportage lors de la cérémonie d’adieu au monstre de béton.

Les petits plats dans les grands

Groupe de rock, braseros fumants et modération en direct à l’attention d’une foule installée sous un gigantesque chapiteau face à la centrale: pour marquer le coup, BKW n’avait pas lésiné sur les moyens. A tel point que la fermeture aurait pu passer pour une inauguration. «Nous voulions tout d’abord faire quelque chose de relativement confidentiel, s’amuse la CEO du groupe, Suzanne Thoma. Toutefois, l’intérêt des médias nous a fait changer d’avis.» Venus en nombre, ces derniers avaient eu le temps de se préparer à l’événement: il est prévu depuis six ans.

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Peu avant cela, en 2011, il était pourtant question de poursuivre le développement de Mühleberg. La tragédie de Fukushima en décida autrement. A la suite du drame, le Conseil fédéral opte pour une sortie à moyen terme du nucléaire en prohibant la construction de nouvelles centrales. Deux ans plus tard, les Forces motrices bernoises annoncent la mort prochaine de Mühleberg. Pointée du doigt pour des failles sécuritaires, la centrale devait faire des travaux jugés trop coûteux par ses exploitants. Ce vendredi, le jour J était arrivé. Un employé du groupe a de manière presque anodine enfoncé deux boutons sur une vaste console. Et voilà.

Le début d’un long processus

Place désormais à la phase suivante: la déconstruction et la décontamination du site. Le temps de fêter Noël, le démantèlement débutera dès le 6 janvier par le transfert des éléments combustibles du réacteur dans une piscine de refroidissement et le démontage de premières machines. Les composants radioactifs seront ensuite transférés dans un centre de stockage intermédiaire, en attendant d’être enfouis en couche profonde dans un lieu encore indéterminé. Le site devrait être décontaminé en 2031, et réutilisable dès 2034.

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Qu’en adviendra-t-il ensuite? Nul ne le sait encore. Interrogée sur le sujet, Suzanne Thoma souhaite que la zone accueille de nouvelles industries. Quant aux employés, «personne ne sera licencié», a assuré la dirigeante. Les 330 collaborateurs actuels devraient être progressivement recasés dans d’autres secteurs du groupe, tandis qu’une partie d’entre eux continueront de travailler sur place au démantèlement de leur ancien bureau. Reste à répondre à la question suivante: comment remplacer les 5% d’électricité du parc suisse perdus ce vendredi? «Pour le moment, nous importerons ce qui manque», explique Suzanne Thoma. Cette énergie devrait provenir des pays voisins, dont l’énergie est produite par des centrales nucléaires, voire à base de charbon. N’est-ce pas un peu absurde? «Des négociations sérieuses pour remédier au problème sont désormais nécessaires», reconnaît la directrice.

L’espoir verdit

Pour les opposants à l’atome, l’arrêt de Mühleberg représente en effet une chance à saisir. «Je me bats contre le nucléaire depuis environ trente ans, salue depuis sa table la sénatrice Adèle Thorens (Verts/VD). C’est un jour historique! J’espère qu’il permettra d’accélérer le mouvement. Car en ce qui concerne l’énergie importée, il s’agit avant tout d’une décision politique. Il ne tient qu’à nous de fixer des conditions-cadres pour développer rapidement l’énergie renouvelable dans le pays.» Assise quelques pas plus loin, Regula Rytz (Verts/BE) approuve.

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Ci-dessous: «Comment démonte-t-on une centrale nucléaire?», une vidéo du «Temps»