«Chacun pour soi»: la devise domine le second tour des élections municipales genevoises qui doivent se tenir le 5 avril, malgré le semi-confinement en vigueur depuis lundi dans le canton. Face au quatuor rose-vert (Sami Kanaan, Christina Kitsos, Frédérique Perler et Alfonso Gomez) qui s’est placé en tête dimanche dernier, les autres candidats au Conseil administratif de la ville, tant à droite qu’à gauche, partent en ordre dispersé.

Depuis plus de cinquante ans, la logique d’une alliance de gauche élargie prévalait en ville de Genève pour le second tour des élections municipales. Il en sera autrement cette année. Grand gagnant du premier tour, les socialistes et les Verts n’ont pas l’intention de sacrifier l’un des leurs pour accueillir l’un des deux candidats de l’extrême gauche: Pierre Bayenet, de SolidaritéS-DAL, ou Maria Perez, du Parti du travail. Privée de ce large soutien, la gauche radicale joue sa place au Conseil administratif. Elle paie cash les divisions et autres luttes intestines qui minent sa politique depuis des années.

Sacrifice inenvisageable

Plus puissante que jamais, l’Alternative a décidé de ne «pas arbitrer les divisions d’autres partis». Au soir du premier tour, Ensemble à gauche invitait pourtant «le PS et les Verts à [le] rejoindre sur un ticket commun à 4 candidats». Une requête pour le moins exigeante. «La demande d’un tel sacrifice a fait démarrer les discussions sous un angle difficile vu les excellents résultats de nos candidats», reconnaît Sylvain Thévoz, coprésident de la section Ville du Parti socialiste. La crise du coronavirus et la réticence à proposer un gouvernement monocolore ont aussi freiné les discussions. «Si Ensemble à gauche avait proposé un candidat unique, les choses auraient peut-être été différentes», ajoute Sylvain Thévoz, tout en soulignant que le ticket rose-vert représente aussi des tendances de la gauche radicale.

Lire aussi: A Genève, poussée verte dans les parlements municipaux

De son côté, Pierre Bayenet se représente afin d’offrir un choix à la population. «Si le futur exécutif veut mener une politique de gauche, il faut qu’il intègre toutes les formations, estime-t-il. Les socialistes et les Verts ont besoin de nous pour former une majorité au Conseil municipal, il faut respecter cette logique au Conseil administratif.» Si Ensemble à gauche perd son siège, le risque est à ses yeux que l’exécutif aille chercher des alliances avec la droite.

Arrivée devant Pierre Bayenet au premier tour, Maria Perez a elle aussi décidé de maintenir sa candidature malgré l’absence de quorum pour le Parti du travail. «Je veux montrer que la gauche de la gauche existe et qu’une femme est la plus légitime pour la représenter», estime-t-elle, soulignant vouloir «faire de la politique autrement». Un «changement d’ère» qui s’annonce compliqué.

L’Entente a vécu

Devant ce solide bloc de gauche, la droite n’a pas réussi à constituer une liste commune, l’Entente a vécu. Cette division promet donc un duel entre le PLR Simon Brandt, arrivé cinquième, et la PDC Marie Barbey Chappuis, sur ses talons. La droite, qui rêvait de reconquérir un deuxième siège, se disputera donc les miettes de ce que la gauche voudra bien lui laisser.

A couteaux tirés désormais, PLR et PDC se rejettent la responsabilité de l’échec. Le PLR a tenté de convaincre le PDC de former un large rassemblement avec l’UDC, le MCG et les Vert’libéraux. Mais le PDC, réfractaire à une alliance jugée contre nature, a décliné. «J’y ai passé la nuit, raconte Vincent Latapie, président de la section ville du PLR. Je ne comprends pas comment le PDC, qui ne pèse plus que 8%, s’enferme dans ce dogmatisme, alors que cela fait cinq ans que l’Entente travaille avec le MCG et l’UDC. Même sans liste commune, le PLR continue à appeler le rassemblement de toutes les volontés pour une stratégie de conquête d’un deuxième siège.»

Pour Luc Zimmermann, président du PDC de la ville, s’allier avec la droite populiste n’est pas compatible avec les valeurs de son parti, ce que l’assemblée générale lui a confirmé: «Il serait incohérent de s’allier à deux partis qui s’opposent à la libre circulation sur laquelle nous voterons le 17 mai. Nous aurions souhaité une alliance à trois, avec les Vert’lib, mais le PLR l’a balayée d’un revers de main.» Les Vert’lib, dragués par tous les partis de droite, ont opté pour la neutralité en donnant la liberté de vote. Susanne Amsler, qui affiche un excellent score (7e), se retire néanmoins devant la défaite de son groupe au Conseil municipal où il n’a pas atteint le quorum. Mais à titre personnel, elle soutient Marie Barbey Chappuis.