Est-il sage de maintenir le second tour des élections municipales prévu le 5 avril? Alors que le canton est en semi-confinement, la question divise le microcosme politique genevois. Lundi, le Conseil d’Etat a confirmé le maintien du scrutin, jugeant les gains sanitaires et politiques d’un report «minimes». Il devra sans doute revenir en arrière si le Conseil fédéral venait à instaurer un confinement généralisé. Appelant d’ores et déjà le gouvernement à «sortir de son aveuglement», Ensemble à gauche déposera vendredi un recours à la Cour constitutionnelle pour demander l’annulation. Une «mesure élémentaire de protection de la population», d’après lui.

Face à la crise du coronavirus, de nombreux cantons ont déjà fait machine arrière. Le Tessin et Neuchâtel ont décidé de reporter leurs élections cantonales et municipales. La Confédération a quant à elle annulé la votation du 17 mai. A Genève, l’obstination du Conseil d’Etat fait polémique. «On ne peut pas à la fois suspendre la liberté de réunion et maintenir des élections dans des conditions sanitaires pareilles, s’alarme Pierre Vanek, député d’Ensemble à gauche. Le Conseil d’Etat agit de manière irresponsable en faisant courir des risques aux électeurs et en bafouant les droits démocratiques des candidats, surtout ceux qui ont plus de 65 ans.»

Déni de démocratie

Pour Bertrand Reich, président du PLR genevois, un report serait au contraire problématique. «Des candidats ont déjà été élus à l’issue du premier tour, d’autres arrivent au terme de leur mandat, faire fi de ces résultats serait un déni de démocratie, estime-t-il. Il n’y a pas de meilleure manière de décourager les gens d’aller voter et de s’engager en politique.» En clair, la machine électorale est lancée et ne peut selon lui être arrêtée sous peine de bafouer la démocratie.

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Quid de la campagne, qui risque d’être inexistante? «On connaît le programme des candidats, martèle Bertrand Reich. Il manquera certes le facteur humain, mais la campagne se fera en ligne à travers des forums et des débats à huis clos.» Selon lui, alors que la politique est touchée par l’épidémie comme les autres domaines de la vie quotidienne, il faut apprendre à «vivre la démocratie autrement».

«Faire confiance»

Gérard Deshusses, président du Parti socialiste genevois, se dit quant à lui partagé. «Certes ce ne sera pas une élection comme les autres, mais arrêtons de contester tous azimuts les décisions des autorités, plaide-t-il. Dans une situation aussi dramatique, il faut leur faire confiance.» A situation exceptionnelle, vote exceptionnel.