Géographe de formation, le Fribourgeois Laurent Thévoz, installé en Bolivie depuis 1990, a accompagné le projet de décentralisation pendant sept ans. Il est aujourd'hui le conseiller de la DDC pour les projets qu'elle soutien dans ce domaine. Interview.

Le Temps: La «participation populaire» est en vigueur depuis cinq ans. Le bilan est-il satisfaisant?

Laurent Thévoz: Les municipalités fonctionnent. Elles investissent et gèrent de l'argent. J'observe par ailleurs que ce principe a été accepté par la société et par la classe politique. Il y a évidemment des problèmes, le contraire serait étonnant. Mais je crois que les choses vont sans cesse s'améliorer.

Avec la décentralisation du pouvoir, n'a-t-on pas aussi décentralisé la corruption?

Il n'y a aucun doute à ce sujet. Cet effet était d'ailleurs attendu. On savait qu'en donnant de l'argent à des collectivités locales inexpérimentées, ça allait générer des problèmes de ce genre. Mais il faut voir qu'on a aussi décentralisé la responsabilité sociale. Or, les gens sont les meilleurs garants de la lutte contre la corruption.

Les municipalités parviennent-elles à gérer l'argent qu'elles reçoivent?

Elles ont reçu beaucoup de choses à la fois: un peu d'argent, d'importantes responsabilités, ainsi que la pression de la demande sociale. Cette dernière est très forte, car de nombreux besoins sociaux ne sont pas couverts. Ça les oblige à définir des priorités. Le problème, c'est qu'elles manquent de moyens financiers.

Peut-on sérieusement envisager que les municipalités lèvent leurs propres impôts, par exemple sur la propriété?

Ce mécanisme n'en est qu'à ses débuts. Il y a des initiatives dans ce sens depuis deux ans. Mais ce n'est évidemment pas très populaire. Les privés hésitent à payer, parce qu'ils ne savent pas où va l'argent. Il faut donc gagner leur confiance. Ce que l'on peut constater, c'est qu'il y a une meilleure acceptation là où la gestion des comptes est transparente.

Propos recueillis par B.W.