Il y a ceux qui sont particulièrement confiants: «Lorsque je me lance dans un référendum ou une initiative, j'aboutis toujours», clame Franz Weber. Avec son association Helvetia Nostra, l'écologiste de Montreux est un soutien de poids au comité référendaire qui se met en place contre le futur Musée des beaux-arts. Il y a les optimistes prudents: «Une récolte n'est jamais gagnée d'avance mais avec la transversalité du comité, nous avons de bonnes chances», dit Pierre Santschi, élu au Conseil communal de Lausanne (parlement) et futur président de ce comité référendaire.

Fréddy Buache opposant

C'est une coalition pour le moins hétéroclite qui se lance à l'assaut du «cube de béton», puisqu'on y trouve des élus de gauche et de droite ainsi qu'une brochette de personnalités. Outre Franz Weber, le fondateur de la Cinémathèque suisse, Freddy Buache, sera du combat, tout comme l'ancien conservateur du Musée de l'art brut, Michel Thévoz. Ce dernier part au front car il craint le changement de statut du futur musée, qui verrait «l'arrivée des privés» malgré la Fondation de droit public qui chapeautera le musée. «Je suis attristé que la gauche se soucie peu de ce problème», dit Michel Thévoz.

Plusieurs associations devraient également mettre leurs forces pour récolter les signatures nécessaires à l'aboutissement du référendum. Ainsi, Helvetia Nostra sera sans doute accompagnée par Rives Publiques et le Mouvement pour la défense de Lausanne (MDL). Tout ce petit monde se présentera officiellement demain à la presse.

Hier matin, le Grand Conseil vaudois se prononçait pour la seconde fois en quinze jours sur la part cantonale (390000 francs) d'un crédit d'étude destiné au projet du nouveau Musée cantonal des beaux-arts (MCBA). Après un débat nourri, les fronts ne se sont pas modifiés. Les opposants ont à nouveau contesté le site prévu (Bellerive), le projet architectural retenu et l'absence d'une solution englobant le Palais de Rumine, qui abrite l'actuel Musée des beaux-arts, et la place de la Riponne contiguë.

«Bellerive ou rien!»

A ce sujet, Jean-Michel Dolivo (A gauche toute!) a fustigé «l'attitude» du Conseil d'Etat. «Reconnaître qu'on a fait une erreur en n'étudiant pas la possibilité de laisser le musée au Palais de Rumine constituerait une démarche saine», a dit le député, qui a également dénoncé ce qu'il a appelé le diktat «Bellerive ou rien!» Anne-Catherine Lyon, conseillère d'Etat chargée de la Culture, lui a rappelé que l'option du Palais de Rumine avait été écartée en 1991 déjà et donc «traitée de manière très approfondie».

Richesse culturelle

Les partisans ont également fait entendre leurs voix. Grégoire Junod (PS) a vu un paradoxe dans le fait que tout le monde semble souligner la richesse culturelle du canton alors qu'il semble difficile d'en faire un facteur d'identité. Pour le socialiste, placer le musée à Bellerive, c'est le placer «au cœur de la ville, dans une zone centrale».

L'argument des dérogations accordées en matière d'aménagement du territoire est également revenu dans le débat. Il constituera sans doute un des points sur lequel les référendaires s'appuieront pour faire signer les citoyens. «Autant de lois et de règlements ne peuvent pas être ainsi violés», a rappelé Gabriel Poncet (UDC), rapporteur de minorité. Le conseiller d'Etat François Marthaler a dit que sur ces points juridiques, seuls les tribunaux pourraient être appelés à trancher. Or, le recours des opposants a récemment été jugé irrecevable par le Tribunal cantonal, qui ne s'est ainsi pas prononcé sur le fond. «La réponse de François Marthaler est totalement insatisfaisante», s'est écrié le socialiste Michel Renaud, qui a toutefois estimé que l'intérêt culturel devait primer. «Je veux rester dans le troupeau de ceux qui veulent que le canton avance», a-t-il conclu avant de voter oui au crédit.

Par 82 voix favorables contre 32 non et 21 abstentions, le parlement a finalement accepté le crédit d'étude. Les référendaires ont 40 jours dès la publication du vote dans la Feuille des avis officiels (FAO) pour réunir 12000 signatures valables.