L'entrée en matière du Grand Conseil sur la demande de crédit d'étude pour le développement du projet de nouveau musée cantonal des beaux-arts à Bellerive a été longue. Il a fallu trois heures et demie pour approuver le montant de 340000 francs alloué par le canton, qui s'ajoute au 1,7 million fourni par la Loterie Romande, par la Fondation Leenaards et par le Fonds d'équipement touristique de la région lausannoise. Partisans et adversaires se sont départagés sur le score de 82 oui, 32 non et 20 abstentions. Même si les dissidents ou les sceptiques se trouvaient dans tous les camps, le musée sur les rives lausannoises du Léman a surtout rassemblé derrière lui les socialistes, radicaux et libéraux. Les quatre articles composant l'exposé des motifs et de projet de décret (EMPD) ont été ensuite acceptés à main levée par le parlement. Avec un amendement de 50000 francs supplémentaires destinés à étudier «mobilité et connexions urbaines» jugées insuffisantes dans l'EMPD actuel.

Malgré l'issue favorable, bon nombre de députés ont déploré le défaut d'enthousiasme affiché par les défenseurs du musée à Bellerive. Le plaidoyer vigoureux livré par Jean-Marie Surer, libéral et rapporteur pour la majorité de la commission, n'a pas réussi à dissiper l'insatisfaction entourant «un projet avec beaucoup de mais», selon l'expression du socialiste Michel Renaud.

Le deuxième round aura lieu dans une semaine. Toutefois, un retournement de situation semble peu probable, a admis Yves Ferrari. Tout au long de la journée, l'élu vert a été l'un des plus sévères à l'égard du nouveau musée. Tout comme Gabriel Poncet, UDC, porte-parole du rapport de minorité de la commission, hostile au crédit d'étude. Ou de Jacques-André Haury, d'Ecologie libérale. Sans oublier Jean-Michel Dolivo d'A Gauche toute!

Référendum possible

Peu probable depuis quelque temps aux dires de certains observateurs, l'hypothèse d'un référendum reprend des couleurs. Yves Ferrari, qui ne le soutiendra pas, et Gabriel Poncet laissent entendre qu'une riposte se prépare, même s'ils se déclarent étrangers à l'éventuel lancement de l'opération. Selon le député UDC, un comité interpartis pourrait voir le jour et rassembler les déçus de l'extrême gauche à l'UDC en passant par quelques socialistes, des Verts, ainsi que de rares radicaux et libéraux.

Anne-Catherine Lyon, conseillère d'Etat socialiste, cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture, et François Marthaler, chargé des Infrastructures cantonales, ont réaffirmé sobrement la volonté du Conseil d'Etat de réaliser l'une des priorités de son programme de législature 2007-2012, surtout à la lumière de la bonne santé financière du canton. Le musée est devisé à 68 millions de francs.

Dispute juridique

Quant au débat, il a fait la part belle à l'illégalité présumée du projet. Sans juger le fond de la question, la Cour de droit administratif du Tribunal cantonal vient de débouter les opposant au site de Bellerive. Les juges ont considéré qu'ils ne pouvaient pas se prévaloir du droit de recours. Or, la transgression de toute une série de lois fédérales, cantonales et communales représente l'un des griefs majeurs adressés au plan d'affectation du site. Qui a été établi après le concours d'architecture, alors qu'il aurait dû le précéder, attaque Gabriel Poncet. C'est pourquoi le rapport de minorité s'est employé à souligner les manquements du gouvernement. Les réponses «évasives» de François Marthaler à ce sujet ont irrité Yves Ferrari, qui réclamait le droit à la transparence, à la critique et au respect de la législation.

Par-dessus la dispute juridique, la controverse sur l'architecture du bâtiment et sur son emplacement a inspiré les orateurs, une trentaine. Bunker ou bloc de béton, le musée peine à convaincre. Ni plus ni moins que le bord du lac, qui mériterait, selon Yves Ferrari, un aménagement global, opposé au centre-ville, avec à la clé la revitalisation de la Riponne prônée par le «Collectif pour un grand Rumine». Finalement, le partenariat public-privé au cœur du projet sème toujours la discorde. La Fondation de droit public qui chapeautera le musée sera-t-elle contrôlée réellement par l'Etat ou deviendra-t-elle la marionnette des privés? Socialisera-t-elle les bénéfices ou les coûts? Au bout du premier débat au résultat assez net, reste le besoin, sinon l'envie, partagés d'un musée des beaux-arts. Pour la majorité dans l'urgence du seul projet viable. Pour d'autres, rejetant le diktat des privés - Bellerive ou rien -, dans un supplément de réflexion critique.

Bernard Fibicher, directeur du musée, Jean-Jacques Cevey, membre de la Fondation de soutien au musée, et Silvia Zamora, municipale responsable de la culture à Lausanne, ont suivi depuis la tribune du parlement la discussion. La socialiste (lire ci-contre), sera en première ligne lors du débat au parlement communal concernant le droit de superficie que la Ville doit accorder au canton pour la construction du bâtiment à Bellerive. Et plus généralement sur la coordination entre le développement urbain de la capitale vaudoise et l'installation du nouveau musée.